Chapitre 1 - Vertige

TRAVERSE
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Vertige

Tandis qu’elle grimpait, Nahiri souriait. Le Fort céleste de Murasa s’imposait au-dessus d’elle, plus proche à chaque pas. Bientôt, toutes les souffrances de ce plan seraient réduites à néant. Avec le Cœur de lithoforme, elle effacerait le Roulis et rendrait à Zendikar toute la beauté et la tranquillité d’il y a des millénaires.

Comme dans son souvenir.

Elle remarqua la respiration haletante d’Akiri, Zareth, Orah et Kaza derrière elle, mais elle ne ralentit pas pour autant l’allure. Pas quand elle était si proche de son objectif.

Elle façonna plutôt de nouvelles marches, qui s’inséraient l'une dans l’autre à mesure qu’elle les grimpait quatre à quatre.

Mer de nuages par Sam Burley
Mer de nuages par : Sam Burley  Site Officiel  Artstation  Instagram

Ils grimpèrent au-dessus des arbres harabaz et des falaises de la baie des Déchirements, là où l’air froid sentait la pureté. Ils grimpèrent jusqu’à ce que les cascades des ruines détrempent leurs vêtements et rendent leurs pas plus dangereux. Ils grimpèrent jusqu’à ce que Nahiri puisse presque toucher les sculptures complexes des parties inférieures du Fort céleste.

Ce fut seulement alors qu’elle eut besoin de ses compagnons : les yeux perçants de Zareth, la ténacité silencieuse d’Orah, la capacité de réflexion de Kaza et les talents d’élingueuse de filin d’Akiri. Parce qu’autour d’eux, le Fort céleste flottait en différentes sections. Certaines étaient assez grandes pour des cascades, des arbres et des terrasses. D’autres étaient à peine plus larges que Nahiri. Des hédrons reflétant la lumière du soleil dérivaient dans les espaces séparant les ruines.

Nahiri plissa le front.

Elle avait créé ces hédrons. Des siècles plus tôt, quand elle avait cru qu’emprisonner les Eldrazi sur Zendikar était la meilleure solution. Quand Sorin et Ugin avaient été à ses côtés, la rassurant de toujours être là quand elle aurait besoin d’eux.

Désormais, les hédrons étaient éparpillés et inclinés selon des angles étranges, et Zendikar portait les profondes cicatrices de la rage des Eldrazi.

Tout sera rectifié bientôt, pensa Nahiri, les dents serrées. Elle continua d’avancer.

Plus ils montaient, plus le paysage devenait dangereux. Le soleil les aveuglait aux moments les plus inopportuns, les ruines grondaient et gémissaient sous leurs pas, et leurs appuis étaient mouillés et couverts d’algues. Nahiri n’arrivait même plus à déterminer quelles pierres pouvaient supporter leur poids et lesquelles étaient des alliées instables, paraissant solides et sûres jusqu’à ce qu’on pose le pied dessus. Plus d’une fois, un membre du groupe glissa et Akiri l’attrapa avec ses cordes ou Nahiri, avec sa lithomancie. Cela nécessitait des réflexes instantanés et, quand ils atteignirent enfin la ruine la plus imposante, tout le monde était nerveux.

« Où allons-nous maintenant ? » demanda Akiri, arrivant à la hauteur de Nahiri.

Devant eux, le Fort céleste de Murasa était un labyrinthe de canaux vertigineux de calcaire taillé, aux crevasses remplies de mousse, où de dangereux ponts élancés traversaient des puits sans fond.

C’est alors que Nahiri comprit que ce Fort céleste était un piège mortel.

« C’est ce qu’on va découvrir », dit-elle, souriante. Elle voyait là un défi mortel que lui imposaient les anciens kor, ce qu’elle accepta sans sourciller.

Nahiri sortit la clé de sa poche. Elle luisait et pulsait dans sa main. Elle la brandit en direction des anciennes ruines.

Et celles-ci réagirent.

Sous leurs pieds, les pierres se mirent à briller et à vibrer en rythme syncopé avec la clé, tandis qu’autour d’eux, les pavés s’illuminèrent, se réorganisant et s’étirant en ligne droite pour s’enfoncer dans les ruines. Derrière Nahiri, Orah poussa une exclamation.

« Un chemin », dit Akiri, sa voix empreinte d’admiration.

« Oui, répondit Nahiri, mais faites tous attention où vous posez les pieds. Ce Fort céleste est ancien. Et il n’aime pas les visiteurs. » Zareth mit une main sur l’épaule d’Akiri, et celle-ci plaça une main sur la sienne. Orah échangea un regard avec Kaza.

« C’est noté », dit Kaza d'une voix enjouée.

Nahiri esquissa un sourire. De vrais aventuriers.

Ils suivirent le chemin de pierres éclairé en silence ; tous leurs instincts leur disaient que c’était une puissante magie ancienne qui les guidait. Zareth, le plus rapide et le plus silencieux du groupe, partait souvent en éclaireur. Il trouva des pièges empoisonnés et des arches prêtes à s’effondrer et découvrit des moyens pour eux de les contourner.

Ce n’était qu’une fraction des dangers présents dans le Fort céleste usé par le temps.

Au loin, ils entendaient toujours le fracas des hédrons percutant l’antique forteresse. À l’ombre des colonnes et des crevasses, ils entendaient le crissement de griffes invisibles. Mais à chaque fois que les ombres devenaient trop envahissantes, Nahiri faisait crépiter un hédron d’une énergie bleue qui les faisait reculer.

Mais exception faite de cet incident, la Planeswalker et son groupe d’aventuriers progressèrent sans encombre.

Comme si le Cœur désirait être trouvé.

L’idée fit sourire Nahiri.

Le chemin se termina devant un mur massif couvert de dalles qui formaient un motif étourdissant de formes géométriques et de lignes. Au pied du mur, la route de pavés brillants s’éclaira une dernière fois avant de s’éteindre. Il n’y avait ni entrée, ni autre chemin visible.

« Et maintenant ? » demanda Zareth, croisant les bras.

« On pourrait le faire sauter », suggéra Kaza, sans cacher qu’elle espérait que ce serait le cas.

« Non », répondit Nahiri. Elle serra la clé contre sa poitrine tandis qu’elle plaçait la paume de son autre main contre le mur. Elle ferma les yeux, ressentant les minuscules vibrations sous ses doigts. Dans la langue de la pierre — cette magnifique langue silencieuse — elle demanda, « Comment puis-je passer ? »

Le mur lui répondit en une variation de vibrations, lui indiquant la jointure entre les dalles et le sol. Elle suivit le mouvement invisible de la pierre jusqu’à un espace non carrelé juste au pied du mur.

Il avait exactement la taille de la clé qu’elle tenait.

Nahiri eut un large sourire tandis qu’elle insérait la clé dans la fente.

Elle émit des pulsations et brilla plus fort, illuminant les dalles et provoquant une réaction en chaîne qui éclaira tout le mur. Derrière elle, elle entendit les exclamations des aventuriers.

« Ouvre-toi », ordonna Nahiri en ancien kor.

Et le mur s’ouvrit. Il se replia dalle par dalle à partir du sol, comme une cascade inversée, avec un bruissement se répercutant dans les ruines.

Quelques instants plus tard, le groupe se trouvait devant l’entrée d’une grande caverne.

« C’est tout ? fit Kaza, visiblement peu impressionnée. N’importe qui aurait pu faire la même chose. »

« Ceux qui peuvent lire les runes ou parler la langue oubliée des kor sont très peu nombreux », rétorqua Nahiri.

« Sans compter que personne n’est aussi fou que nous pour tenter une telle escalade », ajouta Akiri. La kor souriait, ce qui surprit Nahiri car c’était la première fois qu’elle la voyait faire. Elle entra dans la caverne. « Venez. Allons récupérer ce trésor. »

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