| TRAVERSE | |||||
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| Isolement |
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| Rejet calculé par : | Karl Kopinski
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Le jeune homme avait pris sa décision.
Il avait rangé toutes ses affaires dans un petit sac, posé près de son lit. Il n'y avait pas grand-chose : quelques vêtements de rechange, un journal, de la viande séchée. Il ne lui restait plus qu'à attendre le crépuscule.
On frappa à la porte de sa chambre.
Une journée et demie s'était écoulée, et il avait uniquement quitté la pièce quand c'était nécessaire. Sa mère avait laissé de quoi manger devant sa porte, mais jusqu'à présent, elle avait eu la décence de ne pas essayer de lui parler. Son père avait insisté, du moins jusqu'à ce que Jace l'en décourage.
« Va-t-en, dit-il. Je t'ai dit que je ne voulais pas en parler. »
Depuis sa chambre, il pouvait presque oublier le reste du monde. Il détectait bien d'autres esprits — ses parents, les voisins, un mage des vents occasionnel — mais à cette distance, il ne recevait que des impressions, pas des pensées entièrement formées.
« Jace, dit sa mère au travers de la porte. Je m'inquiète pour toi. »
Elle était suffisamment proche pour qu'il lise ses pensées s'il le désirait. Mais non. Il ne voulait plus jamais voir l'esprit de quiconque. Il ne voulait pas révéler leurs secrets les plus sombres, les contrôler ou les manipuler, et par-dessus tout, il ne souhaitait pas se voir au travers de leurs yeux—petit, maladroit, vulnérable.
« Très bien, dit-il. Entre. »
Elle entrouvrit la porte et lui sourit. Sans lire ses pensées, il ne savait pas si son sourire était réel ou forcé. Il ne savait rien du tout.
Elle s'assit près de lui sur son lit. Elle remarqua le sac, mais ne dit rien. Ranna Beleren était une guérisseuse, toujours prête à partir en cas d'urgence. Elle avait la tendre patience de quelqu'un qui avait vu des choses bien pires, mais qui comprenait que toute souffrance était réelle.
« Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ? » demanda Jace.
« Je préfère l'entendre de ta propre bouche. »
« Tuck a essayé de me tuer. Ils te l'ont dit, ça ? »
Elle secoua la tête.
« Ils me rouaient de coups encore. Je ne savais plus quoi faire, alors j'ai... Je ne sais pas. J'ai... deviné un secret de Tuck et je lui ai dit. »
« Il dit que tu as lu dans son esprit. »
Jace serra ses genoux entre ses bras. « Je ne sais pas comment je fais, répondit-il. Je... j'entends les gens penser. Parfois, je ne sais pas qui pense, eux ou moi. »
« Tu es télépathe ? » dit sa mère. Elle se redressa.
Jace vit qu'elle était préoccupée. Il voulait savoir ce qu'elle pensait, mais il se retint. Il pouvait attendre.
« Tu es télépathe. » Cette fois, c'était une déclaration, pas une question. « Mon fils, qui apprend si vite, le petit garçon qui savait toujours quand sa mère avait besoin d'être prise dans ses bras, qu'elle avait besoin de son affection. Mon fils est télépathe. » Elle souriait.
« Tu ne crois pas que je suis un monstre ? »
Elle secoua la tête. « Je crois que tu es parfait et je t'aime, quoi qu'il advienne. »
Jace savait que c'était la vérité. Mais il se demandait si c'était à cause de ses capacités.
« Comment va Caden ? demanda-t-il. Tu as eu des nouvelles ? »
Sa mère fit une grimace. « Il est toujours inconscient. Les guérisseurs ne savent pas trop quoi faire. »
« Je ne voulais pas lui faire de mal. »
« Je sais. »
Jace se leva et se rendit dans la salle commune, se frottant les yeux. Son petit-déjeuner, froid, l'attendait sur la table.
Après la conversation avec sa mère, il avait décidé de rester un peu plus longtemps pour voir si la situation s'améliorait. De temps en temps, il sortait de sa chambre pour partager un repas tendu avec ses parents. Son père et lui s'adressaient à peine la parole, et il n'osait pas sortir de l'appartement. Trois jours avaient passé.
Il engloutit trois saucisses et une demi-assiette d'œufs froids avant de remarquer que ses parents étaient là. Visiblement, ils l'attendaient. Son père irradiait l'impatience ; sa mère, l'inquiétude.
Jace se passa une main dans les cheveux et se retourna. « Qu'est-ce qui se passe ? »
Son père ouvrit la bouche, mais ce fut sa mère qui parla en premier. « Quelqu'un est ici pour te voir. Quelqu'un qui peut t'aider. »
Le regard du jeune homme fit le tour de la pièce.
« Sur la passerelle d'observation, dit son père. Il est trop grand pour entrer. »
Jace résista à l'envie de s'immiscer dans l'esprit de son père pour découvrir quelle aide il avait trouvé qui ne pouvait pas entrer dans leur appartement. Il entendait parfois les pensées de ses parents sans le vouloir, et percevait même des impressions fantômes des passants dans la rue. Mais il n'avait rien fait sciemment depuis l'accident, et il avait la ferme intention de ne pas le faire.
« Qui est-ce ? »
« Un arbitre, répondit son père. Il négocie une issue à la guerre. Mais il est aussi un... mage, heu, comme toi. Il sait comment... »
« Il sait comment t'aider à contrôler tes capacités », finit sa mère.
Au moins les autres enfants étaient à l'école, alors ils n'étaient pas là à le fixer quand il suivit ses parents jusqu'à la passerelle d'observation. Mais tout le monde au Croisement de Silmot avait probablement entendu parler de ce qui était arrivé. Tandis qu'ils grimpaient les marches, les badauds le regardaient, s'écartaient vivement, ou se murmuraient les uns aux autres, le visage caché derrière leurs mains.
Comme si cela pouvait m'arrêter.
Ils ne le haïssaient pas. Ils avaient peur de lui. Et ils avaient de bonnes raisons, non ? Il avait fouillé dans les souvenirs de Tuck uniquement pour trouver un moyen de le blesser, et quand sa vie avait été en danger, il avait forcé son chemin dans la tête de Caden sans hésiter.
Lui et ses parents finirent de gravir les dernières marches jusqu'à la passerelle d'observation, une section de l'anneau pourvue d'un mur ouvert et d'une balustrade. Et là, assis sur ses pattes de derrière, se trouvait un sphinx.
Il avait rangé toutes ses affaires dans un petit sac, posé près de son lit. Il n'y avait pas grand-chose : quelques vêtements de rechange, un journal, de la viande séchée. Il ne lui restait plus qu'à attendre le crépuscule.
On frappa à la porte de sa chambre.
Une journée et demie s'était écoulée, et il avait uniquement quitté la pièce quand c'était nécessaire. Sa mère avait laissé de quoi manger devant sa porte, mais jusqu'à présent, elle avait eu la décence de ne pas essayer de lui parler. Son père avait insisté, du moins jusqu'à ce que Jace l'en décourage.
« Va-t-en, dit-il. Je t'ai dit que je ne voulais pas en parler. »
Depuis sa chambre, il pouvait presque oublier le reste du monde. Il détectait bien d'autres esprits — ses parents, les voisins, un mage des vents occasionnel — mais à cette distance, il ne recevait que des impressions, pas des pensées entièrement formées.
« Jace, dit sa mère au travers de la porte. Je m'inquiète pour toi. »
Elle était suffisamment proche pour qu'il lise ses pensées s'il le désirait. Mais non. Il ne voulait plus jamais voir l'esprit de quiconque. Il ne voulait pas révéler leurs secrets les plus sombres, les contrôler ou les manipuler, et par-dessus tout, il ne souhaitait pas se voir au travers de leurs yeux—petit, maladroit, vulnérable.
« Très bien, dit-il. Entre. »
Elle entrouvrit la porte et lui sourit. Sans lire ses pensées, il ne savait pas si son sourire était réel ou forcé. Il ne savait rien du tout.
Elle s'assit près de lui sur son lit. Elle remarqua le sac, mais ne dit rien. Ranna Beleren était une guérisseuse, toujours prête à partir en cas d'urgence. Elle avait la tendre patience de quelqu'un qui avait vu des choses bien pires, mais qui comprenait que toute souffrance était réelle.
« Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ? » demanda Jace.
« Je préfère l'entendre de ta propre bouche. »
« Tuck a essayé de me tuer. Ils te l'ont dit, ça ? »
Elle secoua la tête.
« Ils me rouaient de coups encore. Je ne savais plus quoi faire, alors j'ai... Je ne sais pas. J'ai... deviné un secret de Tuck et je lui ai dit. »
« Il dit que tu as lu dans son esprit. »
Jace serra ses genoux entre ses bras. « Je ne sais pas comment je fais, répondit-il. Je... j'entends les gens penser. Parfois, je ne sais pas qui pense, eux ou moi. »
« Tu es télépathe ? » dit sa mère. Elle se redressa.
Jace vit qu'elle était préoccupée. Il voulait savoir ce qu'elle pensait, mais il se retint. Il pouvait attendre.
« Tu es télépathe. » Cette fois, c'était une déclaration, pas une question. « Mon fils, qui apprend si vite, le petit garçon qui savait toujours quand sa mère avait besoin d'être prise dans ses bras, qu'elle avait besoin de son affection. Mon fils est télépathe. » Elle souriait.
« Tu ne crois pas que je suis un monstre ? »
Elle secoua la tête. « Je crois que tu es parfait et je t'aime, quoi qu'il advienne. »
Jace savait que c'était la vérité. Mais il se demandait si c'était à cause de ses capacités.
« Comment va Caden ? demanda-t-il. Tu as eu des nouvelles ? »
Sa mère fit une grimace. « Il est toujours inconscient. Les guérisseurs ne savent pas trop quoi faire. »
« Je ne voulais pas lui faire de mal. »
« Je sais. »
Jace se leva et se rendit dans la salle commune, se frottant les yeux. Son petit-déjeuner, froid, l'attendait sur la table.
Après la conversation avec sa mère, il avait décidé de rester un peu plus longtemps pour voir si la situation s'améliorait. De temps en temps, il sortait de sa chambre pour partager un repas tendu avec ses parents. Son père et lui s'adressaient à peine la parole, et il n'osait pas sortir de l'appartement. Trois jours avaient passé.
Il engloutit trois saucisses et une demi-assiette d'œufs froids avant de remarquer que ses parents étaient là. Visiblement, ils l'attendaient. Son père irradiait l'impatience ; sa mère, l'inquiétude.
Jace se passa une main dans les cheveux et se retourna. « Qu'est-ce qui se passe ? »
Son père ouvrit la bouche, mais ce fut sa mère qui parla en premier. « Quelqu'un est ici pour te voir. Quelqu'un qui peut t'aider. »
Le regard du jeune homme fit le tour de la pièce.
« Sur la passerelle d'observation, dit son père. Il est trop grand pour entrer. »
Jace résista à l'envie de s'immiscer dans l'esprit de son père pour découvrir quelle aide il avait trouvé qui ne pouvait pas entrer dans leur appartement. Il entendait parfois les pensées de ses parents sans le vouloir, et percevait même des impressions fantômes des passants dans la rue. Mais il n'avait rien fait sciemment depuis l'accident, et il avait la ferme intention de ne pas le faire.
« Qui est-ce ? »
« Un arbitre, répondit son père. Il négocie une issue à la guerre. Mais il est aussi un... mage, heu, comme toi. Il sait comment... »
« Il sait comment t'aider à contrôler tes capacités », finit sa mère.
Au moins les autres enfants étaient à l'école, alors ils n'étaient pas là à le fixer quand il suivit ses parents jusqu'à la passerelle d'observation. Mais tout le monde au Croisement de Silmot avait probablement entendu parler de ce qui était arrivé. Tandis qu'ils grimpaient les marches, les badauds le regardaient, s'écartaient vivement, ou se murmuraient les uns aux autres, le visage caché derrière leurs mains.
Comme si cela pouvait m'arrêter.
Ils ne le haïssaient pas. Ils avaient peur de lui. Et ils avaient de bonnes raisons, non ? Il avait fouillé dans les souvenirs de Tuck uniquement pour trouver un moyen de le blesser, et quand sa vie avait été en danger, il avait forcé son chemin dans la tête de Caden sans hésiter.
Lui et ses parents finirent de gravir les dernières marches jusqu'à la passerelle d'observation, une section de l'anneau pourvue d'un mur ouvert et d'une balustrade. Et là, assis sur ses pattes de derrière, se trouvait un sphinx.
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| Tutelle du sphinx par : | Slawomir Maniak
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