| TRAVERSE | |||||
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| L'aggression |
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| Réseau des Anneaux du Mage par : | Jung Park
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Jace s'arrêta au pied de la dernière volée de marches.
Sa famille vivait presque tout en haut de l'Anneau du Mage que les autochtones appelaient le Croisement de Silmot, dans le quartier d'appartements où les mineurs de mana les plus pauvres s'étaient établis. Sa famille et lui devaient payer pour utiliser les ascenseurs branlants ou gravir les vingt-trois escaliers à chaque fois qu'ils rentraient chez eux. L'argent était une denrée rare, alors Jace prenait l'escalier.
Vingt-deux étages gravis. Encore un dernier.
Maintenant qu'il était presque arrivé, il hésitait. Il allait avoir des ennuis dès qu'il ouvrirait la porte, même si à son avis, il n'avait rien fait de mal.
Idiot congénital.
Un homme baraqué le poussa de derrière.
Jace ne pouvait s'empêcher d'être d'accord avec lui.
Je vous jure, le fils Beleren...
Il atteignit enfin la dernière marche. Il prit une grande inspiration et entra dans l'appartement.
Chez lui.
Bien entendu, son père était attablé dans la cuisine, le front plissé. Gav Beleren, sale et perdant ses cheveux, fixa son fils d'un air las.
Je voudrais tant qu'il soit normal.
Les pensées de son père suivaient un cheminement familier.
« J'ai reçu un message de l'école. »
Jace ne fut pas surpris que les nouvelles soient arrivées plus vite que lui. Les illusions ne devaient pas monter les escaliers, et il ne s'était pas non plus pressé. Son père lui fit signe de s'asseoir.
« Tu peux me dire ce qui s'est passé ? »
Le jeune homme s'assit. Il haussa les épaules et baissa les yeux sur la table.
« Tu ne veux pas te faire renvoyer, j'espère ? L'éducation, c'est le moyen pour toi te partir d'ici, d'avoir une vie meilleure. »
Meilleure que la mienne. C'était toujours le même refrain.
« Je sais », répondit Jace.
Tu n'en donnes pas l'air.
« Je veux seulement savoir si tu as vraiment fait ça. L'entendre de ta propre bouche. »
Jace continua de fixer la table.
Il avait passé un examen de dynamique de mana dont les réponses lui échappaient complètement. Il pensait avoir suffisamment étudié, s'être suffisamment préparé, mais une fois devant la page blanche, il ne savait plus rien. Puis les réponses lui étaient... tout simplement venues. Il connaissait les formules. Il avait montré son travail. Il savait qu'il avait donné toutes les bonnes réponses.
Mais il avait eu raison dès le départ—il s'était bien préparé à l'examen—et c'était des questions pièges. Il n'était pas censé savoir les réponses. Il était supposé faire de son mieux, montrer ses connaissances, mais il en savait trop.
« Je n'en sais rien », répondit-il.
« Tu n'en sais rien ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? As-tu triché, oui ou non ? »
« Non, répondit Jace. Je... je connaissais les réponses. »
« On me dit que tu as résolu une équation de pression de mana à six nodules de tête. Si c'est vrai, tu devrais superviser une équipe de régulateurs, pas être à l'école. »
Le jeune homme haussa une fois de plus les épaules. « Possible. »
Trop loin. Son père donna un coup de poing sur la table.
« Va dans ta chambre. Nous en parlerons quand ta mère sera rentrée. »
Jace se leva et prit la direction de la porte.
« Où vas-tu comme ça ? »
Pourquoi n'est-ce jamais simple avec toi ?
« Dehors », répondit Jace. Et il se mit à courir avant que son père ne puisse l'empêcher de sortir.
Sa famille vivait presque tout en haut de l'Anneau du Mage que les autochtones appelaient le Croisement de Silmot, dans le quartier d'appartements où les mineurs de mana les plus pauvres s'étaient établis. Sa famille et lui devaient payer pour utiliser les ascenseurs branlants ou gravir les vingt-trois escaliers à chaque fois qu'ils rentraient chez eux. L'argent était une denrée rare, alors Jace prenait l'escalier.
Vingt-deux étages gravis. Encore un dernier.
Maintenant qu'il était presque arrivé, il hésitait. Il allait avoir des ennuis dès qu'il ouvrirait la porte, même si à son avis, il n'avait rien fait de mal.
Idiot congénital.
Un homme baraqué le poussa de derrière.
Jace ne pouvait s'empêcher d'être d'accord avec lui.
Je vous jure, le fils Beleren...
Il atteignit enfin la dernière marche. Il prit une grande inspiration et entra dans l'appartement.
Chez lui.
Bien entendu, son père était attablé dans la cuisine, le front plissé. Gav Beleren, sale et perdant ses cheveux, fixa son fils d'un air las.
Je voudrais tant qu'il soit normal.
Les pensées de son père suivaient un cheminement familier.
« J'ai reçu un message de l'école. »
Jace ne fut pas surpris que les nouvelles soient arrivées plus vite que lui. Les illusions ne devaient pas monter les escaliers, et il ne s'était pas non plus pressé. Son père lui fit signe de s'asseoir.
« Tu peux me dire ce qui s'est passé ? »
Le jeune homme s'assit. Il haussa les épaules et baissa les yeux sur la table.
« Tu ne veux pas te faire renvoyer, j'espère ? L'éducation, c'est le moyen pour toi te partir d'ici, d'avoir une vie meilleure. »
Meilleure que la mienne. C'était toujours le même refrain.
« Je sais », répondit Jace.
Tu n'en donnes pas l'air.
« Je veux seulement savoir si tu as vraiment fait ça. L'entendre de ta propre bouche. »
Jace continua de fixer la table.
Il avait passé un examen de dynamique de mana dont les réponses lui échappaient complètement. Il pensait avoir suffisamment étudié, s'être suffisamment préparé, mais une fois devant la page blanche, il ne savait plus rien. Puis les réponses lui étaient... tout simplement venues. Il connaissait les formules. Il avait montré son travail. Il savait qu'il avait donné toutes les bonnes réponses.
Mais il avait eu raison dès le départ—il s'était bien préparé à l'examen—et c'était des questions pièges. Il n'était pas censé savoir les réponses. Il était supposé faire de son mieux, montrer ses connaissances, mais il en savait trop.
« Je n'en sais rien », répondit-il.
« Tu n'en sais rien ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? As-tu triché, oui ou non ? »
« Non, répondit Jace. Je... je connaissais les réponses. »
« On me dit que tu as résolu une équation de pression de mana à six nodules de tête. Si c'est vrai, tu devrais superviser une équipe de régulateurs, pas être à l'école. »
Le jeune homme haussa une fois de plus les épaules. « Possible. »
Trop loin. Son père donna un coup de poing sur la table.
« Va dans ta chambre. Nous en parlerons quand ta mère sera rentrée. »
Jace se leva et prit la direction de la porte.
« Où vas-tu comme ça ? »
Pourquoi n'est-ce jamais simple avec toi ?
« Dehors », répondit Jace. Et il se mit à courir avant que son père ne puisse l'empêcher de sortir.
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| Jace, prodige de Vryn par : | Jaime Jones
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Cette fois, il grimpa les escaliers en courant, suivant la courbe de l'anneau jusqu'à son sommet, au-dessus de la station de surveillance, se frayant un chemin dans la foule. Leurs pensées, bruyantes et moroses, se mêlèrent aux siennes. Il gravit une échelle pour atteindre une trappe d'accès—dont les civils de l'anneau étaient censés ignorer l'existence—et se hissa sur le toit de l'immense structure qui lui servait de foyer.
Il était à des centaines de mètres au-dessus de la vallée, sur les plaques rouillées qui constituaient la coque externe de l'anneau. Sa cape claqua au vent ; il se couvrit la tête de son écharpe. Ici, loin des parties habitées de l'anneau, il pouvait réfléchir sans être interrompu. Les pensées des autres n'étaient plus que des échos lointains. Il n'entendait rien d'autre que le sifflement du vent.
Au-dessus de lui se dressait l'imposant anneau de guidée. Il mesurait facilement douze mètres de diamètre, mais il était minuscule comparé à l'anneau lui-même. Il marcha prudemment sur les plaques incurvées et s'assit au bord, face au vent. Il fut pris de vertige, une sensation qu'il savourait car au moins, il était sûr qu'elle était la sienne. De temps en temps, des gens tombaient du haut de l'anneau, et la plupart du temps, quelqu'un les rattrapait à temps. La plupart du temps.
La ligne d'Anneaux du Mage s'étirait au loin, suivant une douce courbe. À trois anneaux de là, elle rejoignait une autre ligne et elles fusionnaient en un seul canal : le Croisement de Silmot. Les anneaux avoisinants avaient également pris ce nom. Après le Croisement, cette douce courbe continuait, traversant le ruban d'argent du fleuve Hirondelle, suivant des courants très différents.
Derrière Jace, quelque part, se trouvaient les énormes stations de collecte de mana qui canalisaient l'énergie dans le réseau d'anneaux. Et devant lui, au-delà de l'horizon, se trouvaient les États Nucléiques, au centre du réseau d'Anneaux, rassemblant l'énergie de tout un continent pour les besoins de l'élite mage - à moins que les Séparatistes n'aient encore dévié le flux. Les anneliers prêtaient en théorie allégeance à la Ligue d'Ampryn, mais ils ne savaient jamais vraiment qui travaillait sur les récepteurs, et ils s'en moquaient, pour être honnête. Tant que le mana continuait de circuler, personne ne se souciait d'eux.
L'anneau de guidée se mit à crépiter, d'abord de façon intermittente, puis plus vigoureusement. Jace avait de la chance. Il sourit et fouilla dans son sac, où il avait rangé des tourtes à la viande en prévision d'être envoyé dans sa chambre sans dîner. Dîner spectacle.
Il entendit un son de cloche monter malgré le rugissement du vent. C'était sur le point de commencer. Il mordit dans une tourte tiède. Pas mal.
Pendant qu'il mâchait, l'anneau de guidée—plus petit et plus sensible que l'anneau primaire—réagit à l'arrivée d'une pulsation de mana. Au-dessous de lui, tous les anneliers du deuxième service se mirent au travail. Dans la station de surveillance, les superviseurs vérifiaient la force de la pulsation et assignaient des mages à différents endroits de l'anneau pour stabiliser le flux de mana.
Il était à des centaines de mètres au-dessus de la vallée, sur les plaques rouillées qui constituaient la coque externe de l'anneau. Sa cape claqua au vent ; il se couvrit la tête de son écharpe. Ici, loin des parties habitées de l'anneau, il pouvait réfléchir sans être interrompu. Les pensées des autres n'étaient plus que des échos lointains. Il n'entendait rien d'autre que le sifflement du vent.
Au-dessus de lui se dressait l'imposant anneau de guidée. Il mesurait facilement douze mètres de diamètre, mais il était minuscule comparé à l'anneau lui-même. Il marcha prudemment sur les plaques incurvées et s'assit au bord, face au vent. Il fut pris de vertige, une sensation qu'il savourait car au moins, il était sûr qu'elle était la sienne. De temps en temps, des gens tombaient du haut de l'anneau, et la plupart du temps, quelqu'un les rattrapait à temps. La plupart du temps.
La ligne d'Anneaux du Mage s'étirait au loin, suivant une douce courbe. À trois anneaux de là, elle rejoignait une autre ligne et elles fusionnaient en un seul canal : le Croisement de Silmot. Les anneaux avoisinants avaient également pris ce nom. Après le Croisement, cette douce courbe continuait, traversant le ruban d'argent du fleuve Hirondelle, suivant des courants très différents.
Derrière Jace, quelque part, se trouvaient les énormes stations de collecte de mana qui canalisaient l'énergie dans le réseau d'anneaux. Et devant lui, au-delà de l'horizon, se trouvaient les États Nucléiques, au centre du réseau d'Anneaux, rassemblant l'énergie de tout un continent pour les besoins de l'élite mage - à moins que les Séparatistes n'aient encore dévié le flux. Les anneliers prêtaient en théorie allégeance à la Ligue d'Ampryn, mais ils ne savaient jamais vraiment qui travaillait sur les récepteurs, et ils s'en moquaient, pour être honnête. Tant que le mana continuait de circuler, personne ne se souciait d'eux.
L'anneau de guidée se mit à crépiter, d'abord de façon intermittente, puis plus vigoureusement. Jace avait de la chance. Il sourit et fouilla dans son sac, où il avait rangé des tourtes à la viande en prévision d'être envoyé dans sa chambre sans dîner. Dîner spectacle.
Il entendit un son de cloche monter malgré le rugissement du vent. C'était sur le point de commencer. Il mordit dans une tourte tiède. Pas mal.
Pendant qu'il mâchait, l'anneau de guidée—plus petit et plus sensible que l'anneau primaire—réagit à l'arrivée d'une pulsation de mana. Au-dessous de lui, tous les anneliers du deuxième service se mirent au travail. Dans la station de surveillance, les superviseurs vérifiaient la force de la pulsation et assignaient des mages à différents endroits de l'anneau pour stabiliser le flux de mana.
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| Piste des Anneaux du Mage par : | Vincent Proce
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Sans nul doute, les coordinateurs étaient occupés à calculer les équations de pression de mana dans la station de surveillance. Leur anneau avait douze nodules de contrôle de mana, utilisant chacun une demi-douzaine de mages d'anneau, et chaque pulsation avait sa propre pression, sa propre torsion et ses propres dynamiques internes. Même avec les tableaux de guidée, les calculs mathématiques étaient exponentiellement plus difficiles que ceux de son examen, mais les superviseurs savaient les faire.
Jace prit une autre bouchée de tourte. Et si on lui demandait de résoudre cette équation ? Découvrirait-il qu'il connaissait mystérieusement la réponse ? Il continua de manger en réfléchissant. Peut-être. Probablement. C'était possible.
Il y eut un flash et au-dessous de lui, l'air s'emplit d'une énergie blanche-bleutée scintillante. Le flux de mana traversa le centre de l'anneau, fluctuant là où les mages canalisaient leur magie dans les nodules de mana afin d'atteindre une pression constante.
C'était une vision magnifique. Un chef d'œuvre.
L'anneau gémit et craqua tandis que le flux se verrouillait, la puissance brute du mana ancrée à la structure physique.
Le taré est là.
La pensée mordante fut le seul avertissement qu'eut Jace.
Il se retourna, mais il était trop tard. Trois de ses camarades de classe lui bloquaient l'accès à la trappe.
Jace prit une autre bouchée de tourte. Et si on lui demandait de résoudre cette équation ? Découvrirait-il qu'il connaissait mystérieusement la réponse ? Il continua de manger en réfléchissant. Peut-être. Probablement. C'était possible.
Il y eut un flash et au-dessous de lui, l'air s'emplit d'une énergie blanche-bleutée scintillante. Le flux de mana traversa le centre de l'anneau, fluctuant là où les mages canalisaient leur magie dans les nodules de mana afin d'atteindre une pression constante.
C'était une vision magnifique. Un chef d'œuvre.
L'anneau gémit et craqua tandis que le flux se verrouillait, la puissance brute du mana ancrée à la structure physique.
Le taré est là.
La pensée mordante fut le seul avertissement qu'eut Jace.
Il se retourna, mais il était trop tard. Trois de ses camarades de classe lui bloquaient l'accès à la trappe.
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| Illustration par : | Kieran Yanner
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« Salut, Beleren », dit le plus grand d'une voix tonitruante. Il s'appelait Tuck. Âgé de quatorze ans, il avait un an et une tête de plus que Jace, sans compter un physique de brute.
Les deux autres étaient Caden, un gamin boutonneux qui donnait l'air intelligent à Tuck, et Jillet, une jeune fille toujours enragée qui avait bien plus d'influence sur les deux garçons qu'ils ne le réalisaient. Une fois, quand ils étaient encore à l'école primaire, elle avait poussé Jace dans les escaliers.
« J'allais partir », dit-il, essayant de se faufiler entre Tuck et Jillet.
La fille le repoussa.
« Ne sois pas impoli, dit Tuck. Nous voulons seulement admirer la vue en ta compagnie. »
« Il faut que je rentre », insista Jace. Il voulut contourner le trio, mais la brute l'attrapa par l'épaule.
« Discutons, dit Tuck. L'instructeur pense que tu es un tricheur, mais ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ? »
Jace essaya de se dégager, mais il n'osait pas porter la main sur l'autre garçon.
« Tu es pire qu'un tricheur, continua-t-il. Tu es un monstre. »
Tuck commença à appliquer une pression plus forte sur l'épaule de Jace.
« Un m'as-tu-vu, un je-sais-tout. »
Il serra encore plus fort. Jace fixa le sol, ne pouvant pas avancer.
« Oui, répondit Jace. Si ça peut te faire plaisir. »
« Dis-le », insista Tuck. Il arborait un large sourire.
« Je suis un monstre », murmura Jace.
Le garçon le tira vers lui.
« Je suis désolé. Je n'ai rien entendu. Caden, tu as entendu quelque chose ? »
« Rien du tout », ricana Caden.
« Je suis un monstre », répéta Jace, plus fort cette fois.
« Vous voyez les garçons ? dit Jill. Je vous avais dit que le monstre savait qu'il était un monstre. »
« Alors, dit Tuck, qu'est-ce qu'on fait avec un monstre ? »
Les deux autres étaient Caden, un gamin boutonneux qui donnait l'air intelligent à Tuck, et Jillet, une jeune fille toujours enragée qui avait bien plus d'influence sur les deux garçons qu'ils ne le réalisaient. Une fois, quand ils étaient encore à l'école primaire, elle avait poussé Jace dans les escaliers.
« J'allais partir », dit-il, essayant de se faufiler entre Tuck et Jillet.
La fille le repoussa.
« Ne sois pas impoli, dit Tuck. Nous voulons seulement admirer la vue en ta compagnie. »
« Il faut que je rentre », insista Jace. Il voulut contourner le trio, mais la brute l'attrapa par l'épaule.
« Discutons, dit Tuck. L'instructeur pense que tu es un tricheur, mais ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ? »
Jace essaya de se dégager, mais il n'osait pas porter la main sur l'autre garçon.
« Tu es pire qu'un tricheur, continua-t-il. Tu es un monstre. »
Tuck commença à appliquer une pression plus forte sur l'épaule de Jace.
« Un m'as-tu-vu, un je-sais-tout. »
Il serra encore plus fort. Jace fixa le sol, ne pouvant pas avancer.
« Oui, répondit Jace. Si ça peut te faire plaisir. »
« Dis-le », insista Tuck. Il arborait un large sourire.
« Je suis un monstre », murmura Jace.
Le garçon le tira vers lui.
« Je suis désolé. Je n'ai rien entendu. Caden, tu as entendu quelque chose ? »
« Rien du tout », ricana Caden.
« Je suis un monstre », répéta Jace, plus fort cette fois.
« Vous voyez les garçons ? dit Jill. Je vous avais dit que le monstre savait qu'il était un monstre. »
« Alors, dit Tuck, qu'est-ce qu'on fait avec un monstre ? »
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| Bravache des Anneaux du Mage par : | Karl Kopinski
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Il frappa Jace à l'estomac. Le jeune homme tomba sur ses genoux et ses mains... et il vit les couloirs mêlés de l'esprit de Tuck.
« Tu devais vraiment avoir peur », dit-il, le regard fixé sur la plaque rouillée.
« Quoi, qu'est-ce que tu as dit ? » Le grand gaillard le souleva.
« J'ai dit que tu devais vraiment avoir peur. »
Le sourire de Tuck s'estompa. « Peur de quoi ? »
« Qu'il rentre à la maison le soir. »
« Qui ? » demanda Jill.
« Sachant qu'il serait saoul, continua Jace. Qu'il te frapperait encore. »
« Ferme-la ! » cracha Tuck. Il saisit Jace par la gorge.
« Tu faisais semblant de dormir », continua le garçon, étouffant à moitié. Tu avais ton petit canif sous ton oreiller. Et chaque fois... »
« Ferme-la ! » hurla Tuck. Il serra plus fort.
« Chaque fois... tu te disais que... tu te défendrais. » La vue de Jace commença à se brouiller. Il paraissait flou quand il se vit au travers des yeux de Tuck.
« Tuck ? » dit Caden.
« Mais tu ne l'as jamais fait », murmura Jace.
Ferme-la ! Tuck le poussa fort. Jace glissa sur les plaques de métal froid du toit de l'Anneau du Mage vers le bord.
Il tenta de se retenir avec ses doigts, de freiner sa chute avant mais il ne trouva aucune prise. Au dernier moment, il parvient à se rattraper d'une main au bord du toit. Ses pieds étaient dans le vide et ses doigts commencèrent aussitôt à s'ankyloser.
Le vent sifflait autour de lui.
Au-dessous de lui, le flux de mana ronronnait. S'il tombait, il ignorait ce qui se passerait. Avec le potentiel de mana de centaines d'hectares de territoire, capturé et canalisé dans un seul rayon... Il serait probablement vaporisé.
Ses doigts tremblaient.
Il leva l'autre main, mais le rebord n'était qu'un surplomb. Il n'avait aucun moyen de se hisser. Il allait avoir besoin d'aide.
Le visage de Tuck apparut soudain au-dessus de lui, tordu par la rage et la souffrance.
« Personne n'est au courant de ça, cracha-t-il. Personne. Pas depuis que cette ordure est morte. »
« Tuck, il va tomber », dit Caden.
Jace sentit une crampe lui remonter le long du bras. Il allait lâcher.
« Tu veux qu'il vienne fouiller dans ta tête ? Qu'il dise à Jilly ce que tu dis dans son dos ? »
« Pardon ? » fit Jill.
« Tais-toi, Tuck ! » dit Caden.
« Maintenant, tu sais ce que je ressens. » Tuck baissa les yeux vers Jace. Il avait le regard fou. « Plus jamais, Beleren. »
Il leva le pied.
Aide-moi.
La perspective de Jace chavira. Il se voyait en contre bas, il voyait Tuck, tout du point de vue de Caden.
La main de Caden bougea. C'était Jace qui la bougeait. Il ne savait pas comment ni pourquoi, où même ce que Caden voyait à ce moment-même. Il s'en moquait.
« Tu devais vraiment avoir peur », dit-il, le regard fixé sur la plaque rouillée.
« Quoi, qu'est-ce que tu as dit ? » Le grand gaillard le souleva.
« J'ai dit que tu devais vraiment avoir peur. »
Le sourire de Tuck s'estompa. « Peur de quoi ? »
« Qu'il rentre à la maison le soir. »
« Qui ? » demanda Jill.
« Sachant qu'il serait saoul, continua Jace. Qu'il te frapperait encore. »
« Ferme-la ! » cracha Tuck. Il saisit Jace par la gorge.
« Tu faisais semblant de dormir », continua le garçon, étouffant à moitié. Tu avais ton petit canif sous ton oreiller. Et chaque fois... »
« Ferme-la ! » hurla Tuck. Il serra plus fort.
« Chaque fois... tu te disais que... tu te défendrais. » La vue de Jace commença à se brouiller. Il paraissait flou quand il se vit au travers des yeux de Tuck.
« Tuck ? » dit Caden.
« Mais tu ne l'as jamais fait », murmura Jace.
Ferme-la ! Tuck le poussa fort. Jace glissa sur les plaques de métal froid du toit de l'Anneau du Mage vers le bord.
Il tenta de se retenir avec ses doigts, de freiner sa chute avant mais il ne trouva aucune prise. Au dernier moment, il parvient à se rattraper d'une main au bord du toit. Ses pieds étaient dans le vide et ses doigts commencèrent aussitôt à s'ankyloser.
Le vent sifflait autour de lui.
Au-dessous de lui, le flux de mana ronronnait. S'il tombait, il ignorait ce qui se passerait. Avec le potentiel de mana de centaines d'hectares de territoire, capturé et canalisé dans un seul rayon... Il serait probablement vaporisé.
Ses doigts tremblaient.
Il leva l'autre main, mais le rebord n'était qu'un surplomb. Il n'avait aucun moyen de se hisser. Il allait avoir besoin d'aide.
Le visage de Tuck apparut soudain au-dessus de lui, tordu par la rage et la souffrance.
« Personne n'est au courant de ça, cracha-t-il. Personne. Pas depuis que cette ordure est morte. »
« Tuck, il va tomber », dit Caden.
Jace sentit une crampe lui remonter le long du bras. Il allait lâcher.
« Tu veux qu'il vienne fouiller dans ta tête ? Qu'il dise à Jilly ce que tu dis dans son dos ? »
« Pardon ? » fit Jill.
« Tais-toi, Tuck ! » dit Caden.
« Maintenant, tu sais ce que je ressens. » Tuck baissa les yeux vers Jace. Il avait le regard fou. « Plus jamais, Beleren. »
Il leva le pied.
Aide-moi.
La perspective de Jace chavira. Il se voyait en contre bas, il voyait Tuck, tout du point de vue de Caden.
La main de Caden bougea. C'était Jace qui la bougeait. Il ne savait pas comment ni pourquoi, où même ce que Caden voyait à ce moment-même. Il s'en moquait.
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| Illustration par : | Kieran Yanner
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Caden sous son contrôle, Jace attrapa Tuck par l'épaule et l'écarta du bord avant de s'offrir à lui-même une main secourable.
Il avait l'air si petit, désespérément suspendu dans l'air au-dessus du flux de mana crépitant. Il avait l'air si vulnérable. Il se détestait.
De retour dans sa propre tête, Jace attrapa la main de Caden et se hissa sur le toit.
Il resta un instant immobile, tremblant, soulagé par la présence des plaques métalliques sous ses pieds. Il avait du mal à croire qu'il était encore en vie. Il regarda ses trois camarades.
Caden vacillait légèrement. Ses yeux brillaient d'un crépitement bleu. Tuck, furieux, avait le visage cramoisi. Jill était interdite.
La lumière bleue disparut du regard de Caden. Ses yeux se révulsèrent et il s'écroula sur le toit avec un bruit mat.
Jace prit la fuite, laissant derrière lui les visages horrifiés de Jill et Tuck, l'esprit vide de Caden. Il devait s'en éloigner à tout prix.
Il avait l'air si petit, désespérément suspendu dans l'air au-dessus du flux de mana crépitant. Il avait l'air si vulnérable. Il se détestait.
De retour dans sa propre tête, Jace attrapa la main de Caden et se hissa sur le toit.
Il resta un instant immobile, tremblant, soulagé par la présence des plaques métalliques sous ses pieds. Il avait du mal à croire qu'il était encore en vie. Il regarda ses trois camarades.
Caden vacillait légèrement. Ses yeux brillaient d'un crépitement bleu. Tuck, furieux, avait le visage cramoisi. Jill était interdite.
La lumière bleue disparut du regard de Caden. Ses yeux se révulsèrent et il s'écroula sur le toit avec un bruit mat.
Jace prit la fuite, laissant derrière lui les visages horrifiés de Jill et Tuck, l'esprit vide de Caden. Il devait s'en éloigner à tout prix.
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