| TRAVERSE | |||||
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| Premiers pas sur Murasa |
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| Forêt par : | Adam Paquette
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Les falaises démesurées de l'île s'élevaient devant eux et ils étaient entourés d'une forêt d'arbres harabaz géants. Dédaignant ce décor incroyable, l'aventurière ne pouvait détacher le regard du Fort céleste de Murasa qui dominait le paysage, bien au-delà du treillis de la frondaison. L'ancestrale ruine volante était gigantesque. Aux endroits où coulaient des chutes d'eau, les murs étaient recouverts de verdure et d'arbustes. Ses débris voletaient au gré des courants ascendants et même si la vision qu'on en avait du sol restait sommaire, Akiri évaluait déjà qu'il serait dangereux de monter jusqu'en haut.
Malgré cela, elle sourit car elle avait toujours adoré les défis.
« Mince, s'exclama Kaza en regardant la forteresse. Ça s'annonce compliqué. Elle a bien fait de nous engager. »
« Cette aventure-là pourrait bien alimenter les légendes », confirma Akiri.
« Nous devrions nous mettre en route, lança Nahiri en sautant à bas de son griffon. Le Cœur de lithoforme n'est plus très loin. »
« Comment saurons-nous où le trouver une fois que nous serons là-haut ? » demanda Zareth, les bras croisés, ce qui lui valut un regard sévère de la part d'Akiri. Durant tout le voyage, il n'avait cessé de harceler Nahiri en lui posant des questions au sujet du Cœur, sans même faire l'effort de cacher sa désapprobation.
« Moi je le saurai. » lui répondit la lithomancienne en lui servant un regard dédaigneux avant de repartir vers l'endroit où Kaza et Orah s'étaient installés pour vérifier le contenu de leurs sacs.
« Ce n'est pas une réponse, grommela Le Retors assez doucement pour qu'Akiri soit la seule à l'entendre. Je ne lui fais pas confiance. » Il tendit la main pour trouver celle d'Akiri et leurs doigts s'entrelacèrent.
La jeune femme laissa échapper un soupir. Elle percevait sans peine la tension que trahissait son attitude et ressentait son anxiété.
« Je sais, lui dit-elle. Mais j'ai le sentiment qu'elle est extrêmement protectrice envers Zendikar. Sans que je puisse expliquer pourquoi, je suis persuadée qu'elle ne lui ferait jamais de mal. » Il existait en ce monde beaucoup de choses qu'Akiri ne comprenait pas et Nahiri en faisait partie. Elle serra fermement la main de Zareth une fois, puis la relâcha et partit rejoindre les autres. Un instant plus tard, elle entendit qu'il la suivait de ses grandes enjambées habituelles.
« Quelle taille fait le Cœur, exactement ? » s'enquit Orah tout en jetant une élingue sur son épaule.
« Je n'en suis pas certaine », reconnut Nahiri en plissant le front.
« Quoi qu'il en soit, je pourrais sans doute le faire léviter si nécessaire, intervint Kaza d'un ton enjoué. Ou le faire exploser. Je suis parfaitement capable de faire ça. »
« J'en prends bonne note », fit Nahiri avec un petit sourire.
« Et comment pouvons-nous être sûrs que ce Cœur de lithoforme fonctionnera encore ? » insista Zareth.
Nahiri fit demi-tour et, une fois face à lui, resta immobile. Son expression et sa posture exprimaient une dureté inébranlable. Durant un instant insupportable, Akiri fut persuadée qu'elle s'apprêtait à attaquer Zareth. Instinctivement, elle assura ses appuis, prête à passer à l'action, mais la lithomancienne se montra plus rapide.
D'un geste vif, elle tira la clé brillante de sa poche, la brandit dans la direction de Zareth et prononça un mot qu'Akiri ne comprit pas. Celle-ci se précipita en avant, mais fut stoppée par un éclair éblouissant qui la força instinctivement à protéger ses yeux de la main.
« Zareth ! » hurla-t-elle, affolée.
Il lui fallut quelques interminables secondes pour retrouver la vue, et, quand ce fut le cas, elle constata deux choses.
Tout d'abord que Zareth se trouvait exactement au même endroit, indemne et clignant des yeux, lui aussi. Voyant cela, sa compagne ne put retenir un soupir de soulagement.
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| Jeune piétineur par : |
Karl Kopinski
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Ensuite, elle prit conscience de la présence derrière Zareth d'un énorme piétineur. Il flottait dans l'air, pétrifié au beau milieu d'un bond. Sa gueule était grande ouverte, révélant des crocs interminables et deux de ses six pattes n'étaient qu'à quelques centimètres de l'aventurier, prêtes à le mettre en charpie. Le tableau ne laissait aucune place au doute : si elle n'avait pas été stoppée au tout dernier instant, cette bête féroce aurait tué sa proie.
Akiri s'empara de ses cordes afin de capturer la bête et de l'entraver définitivement, mais, avant qu'elle puisse le faire, le piétineur commença à se désagréger et à couler au sol comme le contenu d'un sablier. En l'espace de quelques instants, il ne resta plus aucune trace de la créature, mis à part une poignée de grains de sable noir.
« Ceci n'était qu'un petit échantillon du pouvoir du Cœur », expliqua Nahiri en rangeant la clé.
« Et où était ce fameux Cœur quand nous affrontions les Eldrazi ? lâcha la meneuse des aventuriers dans un murmure perplexe. Il nous aurait été bien utile à l'époque. »
Nahiri demeura immobile un instant, les traits chargés de culpabilité, avant de lancer avec impatience : « Nous devrions vraiment nous remettre en route. Rester au sol n'est pas prudent. »
« Commencez à grimper dans les arbres, ordonna Akiri dans un hochement de tête adressé à Zareth. Je vous rattrape dans un instant. »
Alors que les autres entamaient la longue escalade du tronc de l’arbre harabaz, elle fit mine de se lancer dans une nouvelle vérification de son matériel, mais, une fois les membres de l'équipe hors de vue, elle se détendit et s'autorisa à temporairement abandonner sa posture de meneuse. Cette aventure s'annonce en effet comme une de celles dont parlent les légendes, songea-t-elle.
« Si une divinité bienveillante m'écoute, je te supplie de protéger mes compagnons » murmura-t-elle à l'adresse des falaises et des arbres. Il était rare qu'elle place sa foi en autre chose qu'une préparation minutieuse et des réflexes affûtés, mais cette journée s'annonçait très différente de celles qui constituaient sa routine personnelle.
Sa prière n'était pas vraiment formulée dans les formes, mais déranger les dieux la mettait mal à l'aise. Elle jeta alors ses élingues sur son épaule et commença son ascension.
Soudain, du coin de l’œil, elle vit quelque chose bouger. Alertée, elle tourna la tête pour constater qu'une tache sombre grossissait sous l'un des arbres proches, à l'endroit exact où Nahiri s'était servi de la clé. Cela ressemblait à un tentacule de sable noir qui progressait lentement en formant une spirale autour du tronc. Alors qu'il avançait, les feuilles, les branches et l'écorce flétrissaient. Tout prenait un aspect solide et pétrifié rappelant celui de la pierre.
Akiri ne put retenir un frisson.
Il existait en ce monde beaucoup de choses qu'elle ne comprenait pas et ce phénomène en faisait partie.
Sans plus perdre un instant, elle commença son ascension.
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