| TRAVERSE | ||||
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| Pour Zendikar ! |
Nahiri et Jace traversèrent le labyrinthe de la Cité Chantante, leur trêve fragile pesant lourd entre eux. Nahiri restait à côté de Jace, s’assurant de se trouver à portée de son sort. Elle ne voulait plus jamais entendre ces voix folles et lancinantes.
Pendant qu'ils avançaient, elle gardait une main sur les murs de pierre moussue, leur demandant le chemin pour atteindre le centre de la cité. L’autre main empoignait la sacoche pendue à sa ceinture. Elle sentait sous ses doigts la chaleur et la puissance psalmodique du Cœur. Cela la faisait sourire.
Mais il continuait également de murmurer quelque chose à une fréquence si basse qu’elle ne parvenait pas à le comprendre. Peut-être qu’une fois qu’elle aurait restauré Zendikar à sa beauté d’antan, elle aurait enfin le temps de déchiffrer la signification des murmures.
Heureusement, Jace demeurait silencieux, peut-être parce qu'il lisait dans ses pensées sa rage et le mantra qu’elle se répétait sans cesse : plus jamais, plus jamais.
Les vibrations des pierres les conduisaient dans d’interminables corridors, dans des cours vides et les faisaient remonter par des escaliers à demi effondrés. Elle était si proche maintenant, si proche de découvrir le point de convergence de la Cité Chantante, si proche de réparer tous les dégâts qu’elle avait contribué à créer il y avait si longtemps.
Lorsqu'ils émergèrent du dernier escalier, ils se retrouvèrent au centre d'un ancien jardin, envahi par une végétation de racines de jaddi, de fougères, de mousse et de fleurs violettes. Il subsistait encore quelques treilles de pierre, des fontaines asséchées et le spectre d’allées qui les avaient autrefois reliées.
Jace fit un geste de haut en bas, lentement, pour annuler le sort de silence. L’étrange bourdonnement de la cité leur parvint à nouveau aux oreilles, mais il n’était pas très fort.
« Et maintenant ? » demanda Jace.
Elle sortit le Cœur de lithoforme de sa sacoche. Dans sa main, il brillait de mille feux. Ses murmures se firent plus frénétiques, presque furieux.
« Tu entends ? » demanda Nahiri, brandissant le Cœur.
« Quoi ? » fit Jace, plissant le front.
« Rien, s’empressa-t-elle de répondre. Avançons. »
« Où cela ? »
La lithomancienne indiqua une grande structure de pierre ressemblant à une sorte de belvédère. Même de là où ils se trouvaient, elle voyait qu'il s’était effondré. Mais n’était-ce pas le cas pour tout sur Zendikar ?
Elle rangea le Cœur dans la sacoche et avança.
Quelque chose clochait. Ce sentiment s’intensifiait à mesure qu’ils approchaient du bâtiment en ruines, et Nahiri réalisa qu'il s’était effondré sur lui-même, écrasant ce qui s’était trouvé à l’intérieur.
« Non » fit-elle. Elle courut placer ses mains sur l’entrée écroulée. Les vibrations de la pierre lui indiquèrent que les dégâts étaient récents.
« Que fais-tu ? » lui demanda Jace.
« Je répare les dégâts ! » s’exclama Nahiri tandis qu’autour d’elle, les blocs se mirent a bouger. Elle pouvait reconstruire. Il le fallait.
« Cela n’en vaut pas la peine », dit une voix derrière eux. Nahiri virevolta. Nissa se tenait dans les ruines d’un ancien jardin, une main agrippant son bâton et l’autre, refermée en poing. Elle se tenait droite, déterminée, une étincelle dangereuse dans son regard pourtant calme.
« Le point de convergence, dit la lithomancienne, serrant les dents, se trouvait ici. »
« En effet, répondit l’elfe froidement, jusqu’à ce que les élémentaux le détruisent. »
« Tu as ordonné à tes créatures de faire ça ? » Il faudrait à Nahiri des jours, sinon des semaines, pour réparer les dégâts des canaux magiques.
« Je ne leur ordonne rien, répondit Nissa. Je les aide, et elles m’aident en retour. Je suis la gardienne de Zendikar, et les élémentaux sont les incarnations vivantes du plan. » Un énorme élemental se dressa derrière elle. Ses membres étaient formés de racines et de feuilles, et sa tête arborait d’immenses cornes qui ressemblaient à des ailes partant vers l’arrière. « N’est-ce pas, Ashaya ? »
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| Ashaya, âme de la nature par : | Chase Stone
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Nahiri se renfrogna, mais l’apparition d'un élémental aussi redoutable la faisait hésiter. Jace et elle reculèrent.
« Nissa, dit le mage, les mains levées d’un geste pacifique. Je te promets que je n’utiliserai pas le Cœur et que je ne laisserai personne l’utiliser (il regarda Nahiri) jusqu’à ce que nous comprenions son pouvoir. »
« Et quelle valeur a ta parole quand l’autre partie refuse de la respecter ? » rétorqua l’elfe. Elle aussi regardait Nahiri.
« Si elle refuse, répondit Jace avec un calme énervant, elle se retrouvera dans une illusion terriblement réaliste de la Cité Chantante. Mais cette fois, sans la protéger du chant. »
« Manipulateur », cracha Nahiri. Elle se jura de ne plus jamais faire confiance à qui que ce soit.
« Je ne veux pas vous combattre, vraiment pas, dit Nissa aux deux autres Planeswalkers. Nous nous sommes suffisamment battus. Nous méritons un semblant de paix, au moins. »
« Je suis entièrement d’accord, mais... je crois que Nahiri a des arguments. L’ancien Zendikar était magnifique. J’ai vu ses souvenirs »
« Tu vois, même le manipulateur est d’accord avec moi, dit la lithomancienne d'un air satisfait. Enfin, quelqu’un commençait à se montrer raisonnable.
« Jace, nous en avons déjà parlé. Les élémentaux— »
« Ils repousseront. Tout repousse sur Zendikar. »
« Pas tout », répondit Nissa d'un ton calme.
« Le Zendikar que je connais est fort, résistant, dit Nahiri.
« Pense à la stabilité, continua Jace. Les peuples de ce plan pourraient prospérer sans devoir craindre le prochain Roulis. »
Nissa fit un pas en arrière. Puis un autre. « Je te faisais confiance », dit-elle à Jace. L’horreur et la douleur étaient visibles sur son visage.
« Nissa », supplia Jace.
« Tu ne veux pas t’opposer à moi », menaça Nahiri, posant la main sur le Cœur dans sa sacoche.
L’elfe la fixa droit dans les yeux. « Ne fais pas ça. »
Mais Nahiri en avait assez d’écouter. Elle avait affronté des ancêtres dragons et des vampires immortels. Personne n’allait l’arrêter. Pas maintenant. Et certainement pas quelqu’un d’aussi frêle et incertain. Pas quand elle était si proche de son objectif.
D’un revers de ses deux poignets, la lithomancienne créa des dizaines et des dizaines d’épées brillantes, une pour chacune de ses rages des mille dernières années. Un deuxième mouvement, et elle projeta les lames directement sur Nissa.
Mais avant qu’une de ses armes puisse toucher l’elfe, quelque chose de flou bloqua toutes les épées dans les airs.
Quelque chose percuta Nahiri et la projeta au sol, le souffle coupé.
Elle accompagna le mouvement et se releva, se préparant à riposter. Mais ce qu’elle vit la fit hésiter. À côté d’elle, Jace retenait son souffle.
Nissa flottait au-dessus du sol, les cheveux animés par l’énergie verte qui parcourait tout son corps. Même de loin, la lithomancienne ressentait la colère de l’elfe, son intention de protéger ce Zendikar brisé à tout prix. Parce que devant elle se dressait la pleine puissance d’Ashaya.
L’Âme de la nature semblait enfler sous l’effet de sa force, de son désir de protéger le monde. Son regard d’émeraude était fixé sur Nahiri, et il leva quatre de ses membres végétaux avant de les abattre sur la kor avec un horrible craquement.
Nahiri roula sur le côté juste à temps. D’un mouvement du bras, elle fit jaillir des pierres autour d’elles et les projeta sur l’élémental. Mais la roche se brisa sur les branches comme du verre. La créature ne broncha même pas. Elle tourna son énorme tête dans sa direction.
L’élémental se dressa à nouveau pour frapper.
« Cours ! » hurla Jace derrière elle.
Nahiri avait toujours pensé que battre en retraite était réservé aux couards. Mais Ashaya était implacable. Il faut que je protège le Cœur. C’est tout ce qui importe.
Alors, elle se mit à courir.
Jace et elle zigzaguèrent, sautèrent et esquivèrent les attaques de l’élémental dans l’ancien jardin, utilisant toutes les illusions et les contre-attaques à leur disposition. Mais ce n’était pas suffisant. Ashaya était trop grand, trop rapide. Les deux Planeswalkers étaient repoussés et projetés au sol à la moindre opportunité, jusqu’à ce qu'ils glissent tant bien que mal vers les escaliers, pour rentrer à nouveau dans les entrailles de la Cité Chantante.
Les chant obsédant assaillit aussitôt leurs oreilles. Jace lança immédiatement son sort de silence, et ensemble, les deux Planeswalkers coururent dans les corridors couverts de végétation. De temps à autre, des élémentaux de mousse leur bloquaient le passage, mais ils étaient plus petits et plus faibles, et donc facilement repoussés par les contresorts de Jace ou une volée de pierres.
La fureur de Nahiri lui donnait l’énergie de courir. Mais pour la première fois depuis longtemps, elle sentait aussi une peur réelle. Elle avait sous-estimé l’elfe.
Lorsqu’ils atteignirent l’entrée de la ville et qu’ils virent l’ancienne porte de marbre, Nahiri souffla, puis accéléra. Elle y était presque.
Mais elle remarqua alors une petite silhouette familière se tenant à l’entrée. Et cette fois, Nissa et Ashaya étaient entourés par des dizaines et des dizaines d’autres élémentaux.
Nahiri et Jace s’arrêtèrent net.
« Comment, dit la lithomancienne, pantelante. Comment te déplaces-tu. . .aussi vite ? »
« J’appartiens à Zendikar. C’est le cœur de ma force et de ma puissance, répondit l’elfe. Je connais tous les chemins et la manière de les utiliser. Mais vous deux — son visage s’emplit de rage, et derrière elle les élémentaux nés de la flore de Murasa se dressèrent — vous ne comprendrez jamais. Partez d’ici. »
« Nissa, attends ! » cria Jace.
« C’est mon foyer, petite elfe arboricole. » Nahiri se campa sur ses deux jambes, elle appela les pierres qui l’entouraient, et elle sentit la Cité Chantante lui répondre dans un tremblement. « Cela a été mon foyer depuis des milliers d’années. Et je te refuse la victoire. »
Nahiri écarta les doigts, faisant jaillir le roc, concentrant toute sa puissance dans son attaque.
Mais les élémentaux furent plus rapides, se jetant comme une horde furieuse sur les deux Planeswalkers. Et ce fut à cet instant que Nahiri comprit.
Le combat pour sauver l’âme de Zendikar avait commencé, et ce serait un combat sans merci.
| A. T. Greenblatt |
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