Chapitre 2 - La nouvelle compagnie

TRAVERSE
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La nouvelle compagnie

Quatre aventuriers prirent place face à Nahiri dans le salon privé du siège du Corps expéditionnaire. Akiri, une guerrière kor réputée dans tout Zendikar pour ses talents d'élingueuse de filins. Une sorcière humaine de petite taille appelé Kaza, appuyée sur un grand bâton ornementé. On disait d'elle qu'elle vouait un culte au feu et dans ses yeux brillait une lueur rusée. Orah, un clerc kor à la longue barbe blanche dont l'esprit renfermait un volume de savoir équivalent à celui d'une bibliothèque. Et Zareth, un ondin aux cheveux rouge vif et à la barbe tressée. Des quatre, il était le seul qui ne s'était pas assis à la table. Il avait préféré s'adosser au mur du fond de la pièce, les bras croisés et regardait la lithomancienne avec méfiance. La Planeswalker comprit immédiatement qu'elle allait devoir rester sur ses gardes avec lui.

Nahiri, héritière des ancêtres
Nahiri, héritière des ancêtres par :  Anna Steinbauer  Site Officiel  Artstation  Instagram

« Je m'appelle Nahiri, annonça-t-elle. J'ai vécu des aventures dignes de devenir des légendes et, aujourd'hui, je viens vous demander de vous joindre à moi dans l'une de mes expéditions. »

Aucun des aventuriers ne répondit et leurs visages affichèrent tous différents degrés de scepticisme.

Parfait, se dit-elle. Ils ne prennent pas tout ce qu'on leur dit pour argent comptant.

« Que vous a raconté Kesenya à mon sujet ? » demanda-t-elle en se calant contre le dossier de sa chaise.

« Juste les grandes lignes. » répondit Akiri. Nahiri reconnut en elle leur cheffe.

« Elle a dit que tu possèdes la capacité de voyager jusqu'à d'autres royaumes, que les minéraux t'obéissent, et que tu es assez puissante pour affronter un Eldrazi en combat singulier, ajouta Orah en se penchant en avant. Est-ce vrai ? »

J'aimerais que cette dernière affirmation le soit, songea Nahiri avec amertume.

« Tout à fait », déclara-t-elle après une pause.

Orah eut alors un large sourire, comme un enfant découvrant que ses contes préférés sont bien réels. Tournant la tête, Akiri échangea un regard avec Zareth.

« Dans ce cas, pourquoi aurais-tu besoin de simples aventuriers tels que nous ? » demanda Zareth, se redressant pour approcher de la table.

Parce que je me dirige sans doute tout droit dans un piège, pensa-t-elle.

« Il existe un objet appelé le Cœur de lithoforme. » commença la lithomancienne avant de marquer une nouvelle pause, le temps de ravaler sa fierté. Et j'ai besoin d'aide pour le retrouver.»

« Où ça ? » s'enquit Akiri en croisant les bras.

« À Murasa. Plus précisément dans un Fort céleste qui est récemment apparu là-bas, expliqua Nahiri, notant que l'évocation de ce nom avait éveillé l'intérêt de tous ses interlocuteurs. Vous en avez entendu parler, n'est-ce pas ? »

Les aventuriers se regardèrent à nouveau. « Personne n'a jamais réussi à grimper jusque là-haut », rappela Kaza, en cachant mal sa nervosité.

« Mais personne n'a jamais fait appel aux meilleurs », lui répondit Nahiri, amusée de les voir se redresser sur leurs sièges.

« Et qu'y gagnera-t-on ? » voulut savoir Zareth. Akiri le crucifia du regard, mais il se contenta de lever la main avant d'ajouter : « Allons... Si nous devons risquer nos vies, il me semble légitime de demander ce qu'il y a à gagner. »

Les narines de Nahiri se dilatèrent, mais elle parvint à maîtriser son impétuosité. « L'objet que je cherche guérira Zendikar de toutes ses blessures et refera de ce monde un endroit sûr et prospère. Il redeviendra ce qu'il était avant l'arrivée des Eldrazi. » Elle prit une longue gorgée de bière, leur laissant ainsi le temps d'assimiler ses paroles, puis leur asséna son argument final : « Imaginez les richesses et la célébrité dont bénéficierons ceux qui parviendront à sauver ce monde. »

« La dévastation qu'a subi ce monde est inouïe », rappela Akiri.

« Les Eldrazi ont décimé toute ma famille », annonça calmement Orah.

« J'ai perdu des amis », ajouta Kaza.

« Nous avons tous perdu des proches, reprit Akiri en regardant à nouveau Zareth. Et je suis convaincue que nous rêvons tous d'un monde meilleur, mais cela paraît irréalisable. » Elle se tourna alors vers Nahiri et celle-ci aperçut une lueur d'espoir dans son regard. « Mais si tu as réalisé la moitié des exploits qu'on t'attribue, alors il y a peut-être une chance. » Elle s'adossa dans sa chaise. La brève lueur s'était éteinte. « Enfin... À condition de te croire. »

« Ce qui n'est pas mon cas, annonça Zareth tout de go. Qu'est-ce qui nous empêcherait d'aller chercher ce Cœur sans toi ? »

Nahiri se fendit d'un sourire qui ne s'épanouit pas jusqu'à son regard. « J'ai la clé », déclara-t-elle en sortant l'objet de sa poche. On aurait pu croire qu'elle manipulait un fragment d'étoile et elle le posa sur la table. La clé dispensait une lueur intense et, instinctivement, les quatre aventuriers reculèrent.

« Waouh », lâcha Kaza dans un souffle.

Nahiri remit alors la clé dans sa poche, bien décidée à se montrer patiente.

« Avant que nous ne prenions notre décision, me ferais-tu le plaisir de participer à un petit jeu ? » lui demanda Zareth.

Soudain méfiante, Nahiri plissa les yeux, même si, au plus profond d'elle-même, il lui fallait reconnaitre que cette proposition l'intriguait. « Quelle sorte de jeu ? »

« Zareth », le mit en garde Akiri.

« Une partie de cartes, répondit-il avant de se tourner vers Akiri. Nous faisons cela avec tous ceux qui veulent nous engager. Pourquoi devrait-il en être autrement avec elle ? »

En voyant Akiri froncer les sourcils, Nahiri ne put s'empêcher de douter qu'ils aient jamais fait cela à l'un de leurs clients, mais la curiosité l'emporta. « Entendu, dit-elle. Explique-moi les règles. »

Akiri céda son siège à Zareth, passa derrière lui et posa une main sur son épaule. L'aventurier lui sourit affectueusement en plaçant une de ses mains sur celle de sa coéquipière.

Comme par magie, un jeu de cartes usagé apparu dans sa main libre. « Les aventuriers ont baptisé ce jeu Conquête », précisa-t-il tout en formant avec une facilité accomplie un cercle de quinze cartes sur la table. Cela fait, il frappa d'un doigt au centre du cercle. Alors, les cartes se mirent à flotter tout en tournoyant à quelques centimètres au-dessus de la table.

« Voilà comment ça se déroule, annonça-t-il. Tout d'abord, une carte est choisie au hasard. » Comme obéissant à ses paroles, une carte sortit du carrousel flottant pour se placer en son centre et se retourna pour dévoiler une magnifique illustration au motif compliqué où on pouvait voir des pierres précieuses et des yeux. En son centre, se trouvait un mot : Ruse. « Le joueur doit alors raconter une anecdote authentique en rapport avec le mot inscrit sur la carte. Si son histoire n'est pas assez impressionnante, le joueur qui le suit prend la main en utilisant même carte à son tour. »

« Voilà qui me semble assez simple », estima Nahiri. Trop simple, même, se dit-elle.

« Dans le principe, oui, reprit Zareth. Mais nous allons intéresser la partie. Si je gagne, tu nous expliques en détail ce que ce Cœur va faire à Zendikar. »

Nahiri recula dans son siège et croisa les doigts devant son visage. « Entendu. Mais si c'est moi qui l'emporte, toi et tes compagnons devrez m'accompagner dans le Fort céleste de Murasa. »

Les quatre aventuriers échangèrent un nouveau regard, puis, se tournant vers Nahiri, Akiri accepta d'un simple hochement de tête.

« Je commence », annonça Zareth, étudiant la carte avec attention, comme s'il lui était difficile de trouver l'anecdote idéale mettant sa ruse à l'honneur. « Un jour, j'ai rencontré un négociant en livres qui était davantage une fripouille qu'un érudit. Je lui ai fait croire que je détenais un parchemin rare et dangereux. Pendant qu'il en marchandait le prix, je lui ai repris les ouvrages qu'il avait empruntés à la bibliothèque de Porte des Mers sans qu'il ne se rende compte de rien. »

La carte Ruse virevolta alors jusque dans la main tendue de Zareth. Nahiri leva un sourcil et son adversaire sourit. « On me surnomme le Retors. »

Ce qui signifie donc que je ne peux pas te faire confiance, songea Nahiri en plissant les paupières.

« À mon tour », fit-elle. Une nouvelle carte quitta le cercle et flotta jusqu'à son centre. Il y était écrit le mot Ennemi.

Nahiri se contenta de sourire, car cela allait être facile. « J'ai connu autrefois un homme qui fut comme un père pour moi, et qui, au bout de plusieurs siècles, a trahi ma confiance. Il y a peu, je l'ai affronté dans un combat apocalyptique. Et je l'ai vaincu. »

Zareth et les autres la scrutèrent du regard.

« Il est impossible que tu sois aussi âgée », finit par dire Kaza.

« Et il n'y a pas eu de bataille de l'ampleur que tu décris depuis la guerre contre les Eldrazi », ajouta posément Orah.

Nahiri prit à nouveau une longue gorgée de bière, le sourire aux lèvres. D'un geste calme, elle tendit la main et la carte vint s'y poser. « Pas dans ce royaume, en effet. »

Durant quelques instants, l'assurance affichée par Zareth parut vaciller.

Bien, s'en réjouit Nahiri.

« Je veux jouer, moi aussi », annonça Kaza en rapprochant sa chaise de la table. Sur sa carte était inscrit Victoire.

Elle entama alors un récit racontant comment il lui était arrivé de détruire toute une couvée eldrazi grâce à quelques sorts et à une fiole explosive parfaitement lancée. De son côté, Nahiri ne lui prêtait qu'une oreille distraite. Elle se doutait que tout cela dépassait la simple partie de cartes et elle restait sur le qui-vive, s'attendant à voir le piège se refermer d'un instant à l'autre.

Mais rien de tel ne se produisit, jusqu'à ce qu'elle sente quelque chose. Les doigts qui exploraient sa poche était d'une légèreté comparable au plus léger des murmures. Elle ne se serait sans doute rendu compte de rien si le sol de la pièce n'avait été fait de moellons et si la pierre ne l'avait pas prévenue des mouvements du « Retors ». Toutefois, quand elle releva les yeux, elle constata que les deux mains de Zareth étaient à nouveau posées à plat sur la table.

« À ton tour. » lui fit l'aventurier dans un rictus narquois.

Cette fois-ci, la carte retournée indiqua Pouvoir.

Nahiri se redressa dans son siège et étudia son adversaire durant un long moment.

Tout à coup, elle claqua des doigts, transformant instantanément toutes les cartes en granit. Dans un sursaut de surprise, Zareth et Kaza lâchèrent celles qu'ils tenaient, qui retombèrent sur la table dans un claquement minéral. Nahiri tendit alors la main et la totalité du jeu de cartes s’envola pour se rassembler dans sa paume.

« J'ai gagné, décréta-t-elle en ne lâchant pas Zareth du regard. Maintenant, rends-la-moi. » Elle tendit l’autre main.

Abasourdi, Zareth sortit la clé de sa tunique et lui remit sans la moindre protestation.

Derrière lui, Kaza se tordait de rire. « Oh, elle t'a bien eu, Zareth. »

« Elle a gagné à la loyale, ajouta Akiri. Même si l'expression à la loyale est difficilement applicable dès qu'on joue contre toi, Zareth. » Elle glissa un bras autour de ses épaules, puis ajouta à l'intention de Nahiri : « Quand partons-nous ?»

La lithomancienne se leva alors. Elle avait effectivement gagné, mais, pour une raison qui lui échappait, cette victoire avait un goût amer. Se dirigeant vers la porte, elle déclara : « Demain, dès les premières lueurs. »

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