Chapitre 1 - Rencontre ardente

TRAVERSE
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Rencontre ardente

Nahiri observait le Fort céleste qui flottait devant elle, gigantesque, imposant et délabré, se souvenant à quoi il ressemblait du temps de sa splendeur.

Elle se tenait au bord d'un des incroyables précipices d'Akoum, sur une saillie rocheuse qui s'avançait comme un long doigt défiant la gravité. À ses pieds s'étendait un lac de lave d'où s'élevait de l'air chaud portant avec lui une odeur de métal en fusion. À l'issue de la guerre contre les Eldrazi, d'anciennes forteresses kor semblables à celle-ci étaient apparues dans tout Zendikar. Oubliées depuis des siècles, ces imposantes structures délabrées étaient réapparues et s'étaient élevées dans le ciel, portant avec elles les secrets qu'elles renfermaient.

Nahiri esquissa un sourire. Grâce à ces secrets, elle pourrait changer le monde.

Montagne par Adam Paquette
Montagne par : Adam Paquette  Site Officiel  Artstation  Instagram

« Je me souviens de toi, fit-elle à l'adresse du Fort céleste qui lévitait devant elle. De toi et du pouvoir que tu renfermes. »

Maintenant, il ne lui restait plus qu'à atteindre ces ruines. Nahiri leva alors les bras, impatiente de forger la roche qui l'entourait, impatiente de s'élever.

Mais elle était tellement concentrée sur son but qu’elle ne remarqua pas ce qui se passait plus bas. Naïve, elle s'était imaginé que la victoire sur les Eldrazi avait freiné le chaos de Zendikar, aussi ne perçut-elle pas les signes annonciateurs du Roulis.

On aurait dit des bulles dans la lave. Comme un monstre qui s'éveille, le phénomène s'amorça doucement et prit vite de l'ampleur jusqu'à devenir déchainé. Ce qui n'était qu'un murmure se transforma en rugissement quand le Roulis fit trembler le sol, se propageant parmi les fines arêtes rocheuses et emplissant l'air d'une chaleur et de volutes de cendre si denses que Nahiri en eut le souffle coupé. Il y eut alors un fracas épouvantable et, sans prévenir, la saillie où elle se tenait vola en éclats, précipitant Nahiri vers le magma.

« Non, lâcha-t-elle dans sa chute. NON !» En tant que maîtresse de la lithomancie et gardienne de ce plan, il était inimaginable qu'elle soit vaincue par un banal séisme. Dans un mouvement élégant, elle ouvrit les bras pour faire appel à la roche, qui était une extension d'elle-même, et la roche répondit à son appel. Sa chute ralentit alors et la Planeswalker se mit à flotter dans l'air. Elle porta son attention sur le tourbillon chaotique de magma et de pierre qui bouillonnait plus bas et plia les éléments à sa volonté. SA volonté, pas celle du Roulis. Elle concentra toute la puissance et l'énergie brute qui l'entouraient afin de s'en servir pour créer ce dont elle avait besoin. Grâce à sa lithomancie et avec les gestes gracieux d'une danseuse, elle entrelaça des ruisseaux de lave avec des pierres et quelques hèdrons. De quelques revers du poignet, elle commença à faire s'élever un pilier. Restant en lévitation au-dessus de cette colonne qui ne cessait de prendre de la hauteur, Nahiri l'accompagna jusqu'à ce que le Roulis stoppe soudainement.

Lithoformage de Nahiri par Campbell White
Lithoformage de Nahiri par : Campbell White  Site Officiel  Artstation  Instagram

Ce n'est qu'à cet instant que la Planeswalker se posa au sommet de sa création, désormais très proche du Fort céleste. Souriante, elle baissa les yeux vers le sol traitre qu'elle surplombait.

« J'ai gagné », souffla-t-elle en tentant de tirer de la satisfaction d'une victoire qui, pourtant, lui semblait bien amère. En effet, le Roulis était symptomatique du mal profond qui rongeait Zendikar et que Nahiri avait contribué à répandre par inadvertance.

Ces derniers temps, la culpabilité que lui inspiraient ses erreurs était venue la hanter.

La roche la prévenait toujours quand un autre Planeswalker se trouvait à proximité, pourtant, Nahiri ne se retourna pas quand elle perçut son avertissement. Quelqu'un se tenait derrière elle, sur ce pilier perçant le ciel.

« Akoum est toujours aussi splendide...et toujours aussi imprévisible », dit Nissa, avançant vers Nahiri, bâton en main, avant de baisser le regard vers le lac de lave.

« Rien que je ne puisse gérer », répondit la lithomancienne. Elle n'était pas certaine que cela soit vrai, mais il n'était pas question qu'elle l'admette à haute voix.

« Ce n'est pas ça. Je...Cet endroit...», balbutia Nissa. Nahiri leva un sourcil agacé alors que la petite elfe bataillait pour trouver ses mots. Finalement, celle-ci prit une profonde inspiration et déclara : « Ce que je veux dire, c'est que j'ai grandi avec le Roulis. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut dompter. »

« C'est que tu ne me connais pas », répliqua Nahiri avec une pointe de colère.

L'elfe eut un geste d'apaisement. « Je ne voulais pas te vexer. Je t'ai observée pendant le combat contre Nicol Bolas et j'ai vu comment tu commandais à la roche. Tu étais extraordinaire. »

« Ainsi, tu étais là ? » demanda Nahiri, adoucie par ce compliment. « Oh oui ! L’arbre. Je m'en souviens. » Gênée, Nissa rougit, se rappelant que cette rencontre ne s'était pas bien terminée pour l'arbre ancestral de Ravnica.

Nahiri reporta son attention sur le Fort céleste. « Il y a quelques batailles que je préfère ne plus jamais avoir à mener. »

« Bien sûr, approuva l'elfe. Et il y en a certaines qu'il est encore indispensable de livrer. » Elle semblait observer avec calme Akoum qui s'étendait sous leurs yeux, vaste et tumultueux, mais sa voix était chargée d'émotion. « Pourquoi m'as-tu demandé de venir, Nahiri ? »

« Quand j'étais jeune, cette terre était paisible. Ceci ne se produisait jamais. », rappela la lithomancienne avec un air de dégoût en désignant le sol. Loin en dessous des deux femmes, des bulles s'échappaient à nouveau de la lave, annonçant un nouveau tremblement de terre dû au Roulis. « Les dégâts que les Eldrazi ont causés sur ce plan sont incalculables. »

Nahiri ressentit à nouveau la culpabilité lui tarauder le ventre. Elle n'aurait jamais dû écouter Ugin et Sorin. Il aurait mieux valu qu'elle trouve un autre plan pour y emprisonner les Eldrazi des millénaires plus tôt.

« Oui, confirma Nissa. Je peux sentir la douleur de Zendikar. Elle me désespère. » L'elfe observait quelque chose au loin, mais les traits de son visage étaient chargés de chagrin.

« J'ai peut-être une solution, annonça Nahiri, désignant le Fort céleste d'un hochement de tête. Quelque chose qui guérira Zendikar. »

Nissa cilla. « Vraiment ? s'étonna-t-elle. Pardonne-moi, mais tu n'es pas quelqu'un de connu pour ses talents de guérisseur. Après ce que tu as fait sur Innistrad...»

Nahiri la toisa d'un regard sévère. « Dit la personne qui a libéré les Eldrazi. »

« Je n'ai pas... »

L'elfe se mit à bredouiller, mais Nahiri l'arrêta d'un geste de la main.

« Nous avons toutes deux fait des choses qui ont eues de graves répercussions. Tâchons d'en réparer une partie. »

Nissa rougit et approuva de la tête. « Pourquoi maintenant ? Je veux dire... Tu es assez âgée... »

Pour me souvenir de l'époque où ce Fort céleste a été construit, pensa Nahiri.

Après une hésitation, elle répondit : « J'ai beau avoir voyagé très loin et avoir vécu très longtemps, c'est ici que je me suis toujours sentie...que je me sens toujours...»

« Chez toi. » conclut Nissa d'une voix douce.

« Exactement. » approuva Nahiri dans un demi-sourire. Elle pointa alors du doigt le Fort céleste. « Les réponses que nous cherchons sont à l'intérieur, fit-elle avant d'ajouter, d'un air espiègle : On fait la course jusqu'au sommet ? Que la meilleure Zendiraki gagne ! »

Sa compagne ne répondit pas mais esquissa un léger sourire avant de faire un geste des deux mains. Aussitôt, des lianes épaisses surgirent, filant vers le Fort céleste presque trop rapidement pour qu'il soit possible de les suivre du regard.

Cependant, Nahiri fut encore plus rapide.

Rapide comme l’éclair, elle se servit de sa lithomancie pour créer un escalier sur laquelle elle élança, ajoutant de nouvelles marches de pierre à mesure qu’elle les grimpait, un sourire exalté sur les lèvres. Elle jeta un coup d'œil derrière elle, constata que Nissa luttait pour la suivre mais que l'écart se creusait. Elle éclata de rire. Dans cet endroit où la roche dominait, les plantes étaient dépassées.

Il était rare que Nahiri commette des erreurs et elle ne les répétait jamais. C'était là le bénéfice que lui apportaient des millénaires d'expérience. Mais le Roulis, ce satané Roulis...

Le sol trembla de nouveau. Très vite, les vibrations devinrent assourdissantes et gagnèrent en puissance jusqu'à ce que l'escalier de Nahiri se fissure sous ses pas. Elle accéléra, mais elle n’était pas assez rapide. Les marches s'effondrèrent soudainement et la Planeswalker chuta encore une fois.

Elle se concentra alors sur la roche, bien décidée à triompher du Roulis comme elle l'avait fait précédemment, quand quelque chose l'agrippa par le buste et interrompit sa chute.

« Je te tiens », murmura Nissa, tendant une main vers elle tandis que l'autre restait fermement crispée sur son bâton. Nahiri constata qu'elle venait d'être sauvée par une liane.

Exaspérée, elle parvint pourtant à n'en rien laisser paraître tandis que la plante de Nissa lui faisait rejoindre avec délicatesse une échelle de branchages improvisée.

« Merci. », lâcha-t-elle, évitant de croiser le regard de l'elfe.

« Tu veux remettre ça ? demanda cette dernière tout en observant ses mains. Que la meilleure Zendikari gagne ? »

« Non. Contentons-nous d'avancer », répondit la lithomancienne, une pointe de colère dans la voix.

Elles poursuivirent leur ascension en silence, Nahiri veillant à contenir la culpabilité qui l'étreignait davantage à chaque pas.

Cela faisait trop longtemps qu'elle avait négligé ce plan qui était pourtant le sien.

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