| TRAVERSE | ||||
| Précédent | ⟵ | Sommaire | ⟶ | Suivant |
| Chapitre 2 - L'entrainement |
![]() |
|
| Hixus, gardien de prison par : | Chris Rallis
![]() |
Kytheon se tenait devant l'administrateur de la prison, menotté, un sourire épanoui sur les lèvres. Hixus fit un geste. Les deux gardes qui avaient escorté le jeune prisonnier firent demi-tour et les laissèrent seuls.
Hixus s'appuya nonchalamment contre une table recouverte de piles de documents. L'administrateur était large d'épaules. Il portait une plaque d'armure avec l'aisance d'un soldat expérimenté. Il examina le visage de Kytheon. Au bout d'un moment, il passa ses doigts dans son épaisse barbe grise et soupira. « Tu es arrivé il y a moins de deux jours. Les deux premiers d'une sentence de dix ans. Une bagarre dans la salle d'eau, sept prisonniers à l'infirmerie et une émeute... tout ça par ta faute. »
Pour l'adolescent, il y avait de quoi être fier.
« Et j'oubliais, ajouta Hixus. On me dit que tu as tenté de t'échapper hier pendant ton transport jusqu'ici. »
« Peut-on me le reprocher ? »
« Qui d'autre ? »
Kytheon ne répondit rien.
« Juste par curiosité, continua l'administrateur. Si tu avais réussi à t'évader, n'avais-tu pas peur de ce qui t'arriverait si tu étais capturé à nouveau ? »
« Je sais encaisser. De plus, on voit que vous n'avez pas passé beaucoup de temps dans le Quartier des étrangers ! Une fois là-bas, les Irréguliers me protègeraient. Vous ne pourriez pas me reprendre. »
Ce fut au tour d'Hixus de sourire. « Ah, les Irréguliers. Les protecteurs du Quartier. Les Irréguliers de Kytheon. »
« Ouais. »
« Un groupe très loyal. Et bon nombre d'entre eux finissent ici. Ton ami Drasus représente bien les Irréguliers dans notre prison, non ? Et il y a toi, bien sûr. Tu sais, il y a déjà des prisonniers ici qui ne tiennent pas les Irréguliers en odeur de sainteté, et pourtant tu insistes pour te faire plus d'ennemis. »
« Ristos ? dit Kytheon en riant. Ma mère disait que les hommes comme lui étaient faibles parce que leur force vient de la manière dont ils sont perçus. Elle disait que la force venait des actes. Ristos est faible. Je l'ai vu tout de suite. Maintenant, tout le monde le sait. »
L'administrateur gloussa. « Je vois. Dans ce cas, tu ne seras pas surpris d'apprendre qu'il est avec ses hommes à l'infirmerie. »
« Je ne l'ai pas touché. »
« Mais tu as raison, cependant. Sa force s'est évaporée dès le moment où un gamin a rossé ses hommes devant les autres prisonniers et qu'il a fui pour se mettre en sécurité. Pendant que tu étais au cachot, la nuit dernière, une émeute a éclaté—initiée par ton ami Drasus, d'ailleurs. Tous en avaient assez de Ristos et ils lui ont fait savoir. Tout le monde n'a pas ton talent pour encaisser les coups. »
« Il l'avait mérité. »
« Peut-être. C'est une brute, c'est vrai. Mais certaines choses ont une valeur au-delà des apparences. Même si c'était un sale individu, il aidait à maintenir l'ordre. » L'administrateur leva les bras au ciel. « Maintenant, qu’est-ce que je fais ? »
« Ce n'est pas à moi de vous dire comment faire votre travail, administrateur. »
« Non, certes. Mais peut-être peux-tu m'aider ? Es-tu mon nouveau Ristos ? »
« Je vaux bien mieux que lui. »
« Vraiment ? Prouve-le. »
« Le prouver ? Il est à l'infirmerie ; j'ai juste quelques égratignures. »
« Mais maintenant ? Prendras-tu sa place ? Le remplacer ne fais pas de toi un meilleur homme que lui. Vous êtes pareils. »
« Nous ne le saurons jamais. Je n'ai pas l'intention de rester. »
D'un mouvement si rapide que Kytheon en fut surpris, Hixus jeta le lourd trousseau de clefs qu'il portait à la ceinture sur la table. Avant-même d'avoir terminé son mouvement, il avait une dague en main. Kytheon recula, leva les poings pour se défendre, et la lumière jaillit de son corps en vagues frénétiques.
« Ne te sens pas menacé, dit Hixus. Si j'en crois ce que je vois, vouloir te blesser serait inutile. » Il fit pivoter la dague dans sa main pour la présenter par le manche. « Prends-la. »
Kytheon hésita. Puis ses doigts se refermèrent sur la garde.
« Je t'offre ta liberté, expliqua l'administrateur. Il te suffit de me prendre les clefs, et tu es libre. »
« Vous me laisseriez partir ? »
« Non, il faudra que tu me tues pour récupérer les clefs. Et si les rumeurs à ton sujet sont vraies, je n'ai aucune chance de m'en sortir. »
Kytheon se sentit fier. Il aimait toujours se battre. Il était doué pour ça.
Il pointa la dague vers l'administrateur pendant un long moment. Ils se toisèrent l'un l'autre.
« Je ne vais pas vous tuer », dit-il finalement. Il laissa tomber la dague par terre.
« Parce que tu n'es pas un meurtrier. Tu n'es pas un Ristos. »
« Navré de vous décevoir. »
« Au contraire, ta réaction est très encourageante. C'est ce que j'espérais. Ce que je pensais être la vérité. Tu es peut-être condamné parce que tu es un voleur. Mais tu as volé de quoi nourrir tes amis et leurs familles. Tu fais ce que tu penses être juste. »
Kytheon regarda la chaîne qui pendait entre ses chevilles. « Que voulez-vous de moi ? »
« À la plupart de mes prisonniers, je demande sérénité et obéissance. Mais toi, je veux que tu acceptes ma proposition. Je veux t'entraîner, Kytheon. »
Bien qu'il n'ait pas accepté, ses protestations avaient été largement ignorées. Il avait été réveillé avant l'aube le lendemain matin et on l'avait traîné jusqu'au modeste gymnase de la prison. C'était un cercle de terre battue entouré de murs. Hixus l'attendait au centre de l'arène. Il balança son trousseau de clefs dans la poussière.
« Je n'ai toujours pas l'intention de vous tuer », dit Kytheon.
« Je l'espère bien, répondit l'administrateur. Viens les chercher. » Il sourit du coin des lèvres. « Prends-les, et elles t'appartiennent. »
Kytheon chargea.
Hixus s'appuya nonchalamment contre une table recouverte de piles de documents. L'administrateur était large d'épaules. Il portait une plaque d'armure avec l'aisance d'un soldat expérimenté. Il examina le visage de Kytheon. Au bout d'un moment, il passa ses doigts dans son épaisse barbe grise et soupira. « Tu es arrivé il y a moins de deux jours. Les deux premiers d'une sentence de dix ans. Une bagarre dans la salle d'eau, sept prisonniers à l'infirmerie et une émeute... tout ça par ta faute. »
Pour l'adolescent, il y avait de quoi être fier.
« Et j'oubliais, ajouta Hixus. On me dit que tu as tenté de t'échapper hier pendant ton transport jusqu'ici. »
« Peut-on me le reprocher ? »
« Qui d'autre ? »
Kytheon ne répondit rien.
« Juste par curiosité, continua l'administrateur. Si tu avais réussi à t'évader, n'avais-tu pas peur de ce qui t'arriverait si tu étais capturé à nouveau ? »
« Je sais encaisser. De plus, on voit que vous n'avez pas passé beaucoup de temps dans le Quartier des étrangers ! Une fois là-bas, les Irréguliers me protègeraient. Vous ne pourriez pas me reprendre. »
Ce fut au tour d'Hixus de sourire. « Ah, les Irréguliers. Les protecteurs du Quartier. Les Irréguliers de Kytheon. »
« Ouais. »
« Un groupe très loyal. Et bon nombre d'entre eux finissent ici. Ton ami Drasus représente bien les Irréguliers dans notre prison, non ? Et il y a toi, bien sûr. Tu sais, il y a déjà des prisonniers ici qui ne tiennent pas les Irréguliers en odeur de sainteté, et pourtant tu insistes pour te faire plus d'ennemis. »
« Ristos ? dit Kytheon en riant. Ma mère disait que les hommes comme lui étaient faibles parce que leur force vient de la manière dont ils sont perçus. Elle disait que la force venait des actes. Ristos est faible. Je l'ai vu tout de suite. Maintenant, tout le monde le sait. »
L'administrateur gloussa. « Je vois. Dans ce cas, tu ne seras pas surpris d'apprendre qu'il est avec ses hommes à l'infirmerie. »
« Je ne l'ai pas touché. »
« Mais tu as raison, cependant. Sa force s'est évaporée dès le moment où un gamin a rossé ses hommes devant les autres prisonniers et qu'il a fui pour se mettre en sécurité. Pendant que tu étais au cachot, la nuit dernière, une émeute a éclaté—initiée par ton ami Drasus, d'ailleurs. Tous en avaient assez de Ristos et ils lui ont fait savoir. Tout le monde n'a pas ton talent pour encaisser les coups. »
« Il l'avait mérité. »
« Peut-être. C'est une brute, c'est vrai. Mais certaines choses ont une valeur au-delà des apparences. Même si c'était un sale individu, il aidait à maintenir l'ordre. » L'administrateur leva les bras au ciel. « Maintenant, qu’est-ce que je fais ? »
« Ce n'est pas à moi de vous dire comment faire votre travail, administrateur. »
« Non, certes. Mais peut-être peux-tu m'aider ? Es-tu mon nouveau Ristos ? »
« Je vaux bien mieux que lui. »
« Vraiment ? Prouve-le. »
« Le prouver ? Il est à l'infirmerie ; j'ai juste quelques égratignures. »
« Mais maintenant ? Prendras-tu sa place ? Le remplacer ne fais pas de toi un meilleur homme que lui. Vous êtes pareils. »
« Nous ne le saurons jamais. Je n'ai pas l'intention de rester. »
D'un mouvement si rapide que Kytheon en fut surpris, Hixus jeta le lourd trousseau de clefs qu'il portait à la ceinture sur la table. Avant-même d'avoir terminé son mouvement, il avait une dague en main. Kytheon recula, leva les poings pour se défendre, et la lumière jaillit de son corps en vagues frénétiques.
« Ne te sens pas menacé, dit Hixus. Si j'en crois ce que je vois, vouloir te blesser serait inutile. » Il fit pivoter la dague dans sa main pour la présenter par le manche. « Prends-la. »
Kytheon hésita. Puis ses doigts se refermèrent sur la garde.
« Je t'offre ta liberté, expliqua l'administrateur. Il te suffit de me prendre les clefs, et tu es libre. »
« Vous me laisseriez partir ? »
« Non, il faudra que tu me tues pour récupérer les clefs. Et si les rumeurs à ton sujet sont vraies, je n'ai aucune chance de m'en sortir. »
Kytheon se sentit fier. Il aimait toujours se battre. Il était doué pour ça.
Il pointa la dague vers l'administrateur pendant un long moment. Ils se toisèrent l'un l'autre.
« Je ne vais pas vous tuer », dit-il finalement. Il laissa tomber la dague par terre.
« Parce que tu n'es pas un meurtrier. Tu n'es pas un Ristos. »
« Navré de vous décevoir. »
« Au contraire, ta réaction est très encourageante. C'est ce que j'espérais. Ce que je pensais être la vérité. Tu es peut-être condamné parce que tu es un voleur. Mais tu as volé de quoi nourrir tes amis et leurs familles. Tu fais ce que tu penses être juste. »
Kytheon regarda la chaîne qui pendait entre ses chevilles. « Que voulez-vous de moi ? »
« À la plupart de mes prisonniers, je demande sérénité et obéissance. Mais toi, je veux que tu acceptes ma proposition. Je veux t'entraîner, Kytheon. »
Bien qu'il n'ait pas accepté, ses protestations avaient été largement ignorées. Il avait été réveillé avant l'aube le lendemain matin et on l'avait traîné jusqu'au modeste gymnase de la prison. C'était un cercle de terre battue entouré de murs. Hixus l'attendait au centre de l'arène. Il balança son trousseau de clefs dans la poussière.
« Je n'ai toujours pas l'intention de vous tuer », dit Kytheon.
« Je l'espère bien, répondit l'administrateur. Viens les chercher. » Il sourit du coin des lèvres. « Prends-les, et elles t'appartiennent. »
Kytheon chargea.
![]() |
|
| Liens de suppression par : | Chris Rallis
![]() |
Plusieurs heures plus tard, il n'avait pas gagné de terrain. Chacune de ses charges avait été bloquée par des chaînes d'énergie blanche qui jaillissaient du sol pour lui attraper les bras ou les jambes, ou par des fouets de lumière qui coupaient son élan et l'envoyaient rouler dans la poussière. Il ne pouvait pas avancer. Les clefs restaient hors d'atteinte et, après chaque assaut raté, elles lui semblaient encore plus loin.
Puis, sans un mot, Hixus ramassa son trousseau et sortit du gymnase. Kytheon resta à genoux dans la poussière, frustré et rempli de haine.
Les jours suivants se déroulèrent de la même manière : Hixus offrait les clefs, Kytheon essayait de les récupérer en vain, Hixus repartait avec les clefs et le jeune homme bouillonnait de rage.
Un matin gris, après une forte tempête, Kytheon voulut se relever de la boue du gymnase pour ce qui lui parut être la centième fois. Mais à bout de force, il retomba.
Les yeux rouges, il cria à l'administrateur : « Je n'y arrive pas. »
« Pourquoi ? Tu n'es pas assez brave ? »
Kytheon détourna le regard.
Hixus continua. « Tu n'es pas assez fort ? Pas assez rapide ? »
L'administrateur dominait Kytheon. L'adolescent lui rendit son regard, les yeux emplis de larmes et de dédain.
« Ce n'est pas moi, c'est vous ! Vous ne me laissez même pas approcher. »
Hixus s'agenouilla alors dans la boue près de lui. « Maintenant, tu comprends. »
Il était courant d'appeler la hiéromancie la « magie de la loi », mais l'administrateur lui expliqua que c'était une simplification. « Les lois sont créées par des individus, et elles peuvent changer. Mais elles sont créées en réaction à des comportements spécifiques. Une personne vole, et des lois sont mises en place pour prévenir d'autres vols. C'est le point de départ de la pratique de la hiéromancie. »
« Chaque action appelle une réaction qui peut la contrecarrer, continua Hixus. Un maître de la hiéromancie peut s'adapter à n'importe quelle situation et la tourner en sa faveur. La victoire va toujours à celui qui contrôle la situation. »
Une demi-douzaine de tentatives d'évasion plus tard, Kytheon commença à s'intéresser à son entraînement. Il se combinait à son talent naturel de lecture de l'adversaire au combat, analysant la position et le langage corporel pour comprendre la prochaine manœuvre. La hiéromancie lui fournissait un outil pour troubler l'adversaire et optimiser son avantage.
Chaque matin, Kytheon l'élève était éveillé avant l'aube pour rejoindre Hixus au gymnase, et chaque après-midi, les fers étaient rattachés à ses poignets et Kytheon le prisonnier rejoignait les autres à la Cascade d'Akros. Il profitait des deux activités. La hiéromancie renforçait son esprit, et faire tourner l'immense roue renforçait son corps.
Cela devint une routine et pendant quatre ans, cette routine devint la structure de ses journées. Mais un matin, ce rythme fut interrompu.
Puis, sans un mot, Hixus ramassa son trousseau et sortit du gymnase. Kytheon resta à genoux dans la poussière, frustré et rempli de haine.
Les jours suivants se déroulèrent de la même manière : Hixus offrait les clefs, Kytheon essayait de les récupérer en vain, Hixus repartait avec les clefs et le jeune homme bouillonnait de rage.
Un matin gris, après une forte tempête, Kytheon voulut se relever de la boue du gymnase pour ce qui lui parut être la centième fois. Mais à bout de force, il retomba.
Les yeux rouges, il cria à l'administrateur : « Je n'y arrive pas. »
« Pourquoi ? Tu n'es pas assez brave ? »
Kytheon détourna le regard.
Hixus continua. « Tu n'es pas assez fort ? Pas assez rapide ? »
L'administrateur dominait Kytheon. L'adolescent lui rendit son regard, les yeux emplis de larmes et de dédain.
« Ce n'est pas moi, c'est vous ! Vous ne me laissez même pas approcher. »
Hixus s'agenouilla alors dans la boue près de lui. « Maintenant, tu comprends. »
Il était courant d'appeler la hiéromancie la « magie de la loi », mais l'administrateur lui expliqua que c'était une simplification. « Les lois sont créées par des individus, et elles peuvent changer. Mais elles sont créées en réaction à des comportements spécifiques. Une personne vole, et des lois sont mises en place pour prévenir d'autres vols. C'est le point de départ de la pratique de la hiéromancie. »
« Chaque action appelle une réaction qui peut la contrecarrer, continua Hixus. Un maître de la hiéromancie peut s'adapter à n'importe quelle situation et la tourner en sa faveur. La victoire va toujours à celui qui contrôle la situation. »
Une demi-douzaine de tentatives d'évasion plus tard, Kytheon commença à s'intéresser à son entraînement. Il se combinait à son talent naturel de lecture de l'adversaire au combat, analysant la position et le langage corporel pour comprendre la prochaine manœuvre. La hiéromancie lui fournissait un outil pour troubler l'adversaire et optimiser son avantage.
Chaque matin, Kytheon l'élève était éveillé avant l'aube pour rejoindre Hixus au gymnase, et chaque après-midi, les fers étaient rattachés à ses poignets et Kytheon le prisonnier rejoignait les autres à la Cascade d'Akros. Il profitait des deux activités. La hiéromancie renforçait son esprit, et faire tourner l'immense roue renforçait son corps.
Cela devint une routine et pendant quatre ans, cette routine devint la structure de ses journées. Mais un matin, ce rythme fut interrompu.
![]() |
|
| Illustration par : | Chris Rallis
![]() |
| TRAVERSE | ||||
| Précédent | ⟵ | Sommaire | ⟶ | Suivant |
🔝





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Une erreur, un oubli, un ajout, une question ? N’hésitez pas !
- Courtoisie, noblesse oblige !
- Ni vulgarité, ni insulte.
- Pas de politique hors du jeux.