Chapitre 5 - Dénouement

TRAVERSE
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Dénouement

Elle devrait le détruire.

Ce fut la première pensée qui traversa l’esprit de Nissa quand elle tint le Cœur de lithoforme dans ses mains pour la première fois.

Écoute-moi.

La pensée n’était pas la sienne, mais la voix lui parut familière. Elle baissa les yeux vers Jace, qui se débattait sous Ashaya. Il la suppliait du regard.

Prudemment, elle le laissa entrer dans ses pensées.

Nissa, je t’en prie, nous devons arrêter tout ça, pensa Jace. Retiens les élémentaux.

Jace, si nous arrêtons, Nahiri profitera de la trêve pour tenter de nous submerger. Tu as vu à quel point elle est impitoyable.

Un fracas monumental retentit et les épaisses murailles entourant la ville commencèrent à se réorganiser. Nahiri apparut au sommet du chaos de pierres. Les élémentaux convergèrent sur elle aussitôt.

Je t’en prie, pensa Jace. Partons sur Ravnica. Une fois là-bas, nous pourrons étudier le Cœur ensemble.

Qu’est-ce qui te fait croire que nous n’annihilerons pas Ravnica par accident ? répondit Nissa. J’ai vu les dommages que le Cœur peut faire. Nous devrions le détruire.

Nahiri dit qu’il ne fonctionne pas autre part que sur Zendikar. Nous pourrons effectuer des tests en toute sécurité.

Derrière eux, Nahiri commençait à emprisonner des élémentaux dans des prisons de pierre. Ses mouvements étaient méticuleux, précis et furieux. Nissa fut un temps déconcertée quand quatre parois impénétrables jaillirent pour cerner un élémental de rivière.

Nahiri n’a pas pour habitude de dire la vérité, Jace.

Serrant les dents, Nissa tendit les mains et projeta une vague d’énergie verte directement sur la lithomancienne.

Écoute-moi.

Nahiri poussa un cri de bataille et dévia l’énergie de l’elfe en utilisant une énorme paroi de roche mère.

Les Sentinelles. Nous allons en avoir besoin, pensa Jace, se débattant contre les racines d’Ashaya. Il y a quelque chose que tu ne sais pas. J’ai. . . d’autres batailles nous attendent, Nissa.

Les Sentinelles ont échoué. Nous étions supposés protéger tout ce que nous aimons. Nous n’avons même pas réussi à nous protéger les uns les autres. Le cœur de Nissa se serra en se remémorant le visage souriant de Gideon, ces moments tendres et plein d’espoir en compagnie de Chandra. Pendant quelques temps au moins, avec les autres Planeswalkers, Nissa s’était sentie à sa place. Vous étiez comme ma famille.

À une trentaine de mètres, Nahiri continuait d’avancer, approchant de Nissa tandis que les élémentaux, les uns après les autres, succombaient aux attaques impitoyables de la kor.

Nahiri, orage de pierres par Aleksi Briclot
Nahiri, orage de pierres par : Aleksi Briclot  Artstation  Instagram

Non, non, non. Nissa ne pouvait pas perdre ce combat. Dans ses mains, le Cœur se réchauffa.

Écoute-moi.

« Je t’écoute, Jace, s’écria-t-elle. C’est toi qui ne m’écoute pas ! »

Pas lui. Moi.

Dans ses mains, le Cœur pulsait de plus en plus vite. Nissa réalisa pourquoi la voix lui paraissait si familière. Il y avait quelque chose dans sa cadence, comme si la pulsation, les vibrations et le souffle de Zendikar, qu’elle connaissait si bien, s’exprimaient par la parole.

Qui es-tu ? demanda-t-elle.

Je suis moi. Je suis toi.

Quinze mètres derrière elle, Nahiri fracassa un élémental de terre par surprise avec un pied de pierre. Il s’écroula à genoux.

Nissa envoya un amas de lianes attraper les chevilles de la lithomancienne. Pourquoi t'exprimes-tu seulement maintenant ? demanda-t-elle au Cœur.

Nahiri esquiva les lianes dans un saut élégant, retomba sur ses pieds.

Il y eut un petit grondement dans le rythme du monde. Nissa réalisa que Zendikar riait. Le Cœur pulsa en parfaite harmonie.

Comment ? demanda-t-elle. C’était impossible. Déroutant L’elfe n’avait pas de temps à consacrer à un nouveau mystère. Nahiri était de plus en plus proche.

Mais si c’était Zendikar, réellement Zendikar. . .

Nissa ! Je t’en prie ! Laisse-moi emporter le Cœur ! pensa Jace. Nissa l’ignora.

L'objet que tu tiens en mains est une très vieille partie de moi. Elle déborde d’énergie, répondit la voix du Cœur.

Nissa fronça les sourcils tout en lançant une nouvelle attaque sur Nahiri. Pourquoi ? Pourquoi les anciens kor auraient-ils créé ceci ?

Pour réparer.

Maintenant à moins de dix mètres, Nahiri repoussa la deuxième attaque de lianes avec une barrière de grès. Elle reprit sa marche, s’arrêtant à cinq mètres de l’elfe.

« Donne-moi le Cœur, Nissa ! » cria-t-elle.

M’aideras-tu, Jace ? pensa Nissa. Le mage acquiesça, mais même de loin, elle devina qu’il préparait quelque chose.

L’instant d’après, elle sentit des filins de puissance s’insinuer dans sa tête. Nissa réalisa avec horreur que Jace essayait de prendre le contrôle de son esprit.

Elle brisa le lien mental qui les unissait et demanda silencieusement à Ashaya de s’assurer que le mage ne pourrait pas bouger. L’élémental l’immobilisa avec ses quatre membres. Jace gémit.

« J’ai connu ce plan quand il était intact, cria Nahiri, et tu veux t’accrocher à ses morceaux brisés ! »

Nissa scruta son adversaire, ne sachant quoi lui répondre. La lithomancienne était couverte de poussière et de sang, mais sa rage et sa détermination n’en étaient pas pour autant entamées. Et c’est alors que l’elfe réalisa à quel point elle était seule.

Que ferait Gideon en pareil cas ? ,songea-t-elle, avant de se reprendre. Non, que ferais-je ?

Aie confiance en ta propre force, murmura la puissance qui pulsait entre ses mains.

« Le fait qu'il soit brisé ne signifie pas pour autant qu’il soit faible, Nahiri. Être brisé ne signifie pas que la beauté ou la rédemption soient impossibles. »

« Paroles d’une Planeswalker elle-même brisée, rétorqua Nahiri, celle qui détruit tout ce qu’elle touche. »

Nissa serra le Cœur entre ses doigts. Les paroles la blessaient. . .mais pas autant qu’elles l’auraient fait autrefois. Parce que derrière l’expression cruelle de Nahiri, elle vit de la peur.

Et à cet instant, l’elfe sut exactement ce qu’elle ferait.

Je vais protéger mon foyer, ma famille. Et je continuerai d’essayer jusqu’à ce que je réussisse.

« Brisé ne veut pas dire qu'une vie ne vaut pas d’être vécue, continua Nissa, se redressant fièrement, fixant la lithomancienne. Tu es ce qu’était Zendikar autrefois, Nahiri. Je suis ce que Zendikar est devenu. »

Le doute traversa le visage de la kor, mais il disparut aussitôt et Nahiri grogna, levant les mains pour attaquer.

Des dizaines et des dizaines d’hèdrons apparurent, flottant derrière elle. Ils se mirent à tournoyer selon une séquence complexe, reliés par un crépitement d’énergie.

Tous les élémentaux du champ de bataille reculèrent et se recroquevillèrent. Nissa comprit à cet instant que Nahiri les détruirait tous avant d’admettre qu’elle avait tort. Elle drainerait l’essence de l’esprit de Zendikar juste pour le contrôler. Si Nahiri parvenait à faire ce qu’elle planifiait, Nissa pleurerait une autre partie de l’âme meurtrie de Zendikar.

Dans ses mains, le Cœur brillait comme un flambeau.

Les hèdrons tournoyaient de plus en plus vite autour de Nahiri, accumulant de l’énergie, comme un orage sur le point d’éclater.

Et si jamais je détruisais Zendikar, pensa Nissa , comme Nahiri ?

Aies confiance en ta propre force, murmura son monde.

Nissa ferma les yeux, prit une grande inspiration et imagina un Zendikar meilleur. Un Zendikar qui n’était pas défini et meurtri par les blessures des Eldrazi. Un Zendikar qui ne suppurait pas le poison qu'ils avaient laissé derrière eux. Un monde plus sain, mais toujours fragmenté, dangereux et empli de beauté.

Le Cœur chauffait et bourdonnait dans la paume de ses mains. Elle sentit les lignes ley de Zendikar s’étirer devant elle. Et, avec une étrange facilité, la magie de l’elfe fusionna avec la puissance du Cœur.

Elle la libéra.

Il y eut un éclair lumineux. Il y eut un rugissement sourd. Nissa fut frappée par une rafale de vent qui lui coupa le souffle. Elle sentait les cendres et la pluie, la terre et les ruisseaux, et une magie ancienne et redoutable.

L’énergie du Cœur percuta les hèdrons dans une pluie d’étincelles. Le rugissement sourd devint un hurlement. La lumière devint aveuglante. L’air s'éloigna d’un coup.

Puis plus rien.

L’elfe ouvrit les yeux lentement, terrifiée par le silence, le vide soudain qu’elle sentait autour d’elle. Même le Cœur était silencieux et terne.

Ce qu’elle vit lui serra la gorge, et la panique monta dans sa poitrine.

La Cité Chantante n’était plus. Il ne restait qu’un champ de poussière. Une grande partie de la forêt avait disparu aussi. Réduite en cendres.

Sur le champ de bataille, les élémentaux étaient couchés, immobiles, dans la poussière.

« Non », murmura-t-elle, se précipitant vers la créature la plus proche. C’était une incarnation d’arbre jaddi énorme, avec de délicates fleurs jaunes entrelacées sur ses membres. Elle tomba à genoux à côté d’elle, posant une main sur son écorce brute. « Non. » Pas encore.

Pas encore.

L’élémental bougea lentement.

Il ouvrit les yeux, les cligna comme s'il était encore endormi, et il se mit debout, tremblant d’abord, puis recouvrant de plus en plus de force et de confiance à chaque seconde. Il lui prit la main, la serra dans la sienne, et Nissa la sentit grandir, prendre des forces.

Des larmes roulèrent sur les joues de Nissa tandis qu’autour du champ de bataille, les élémentaux se relevaient, se dépoussiéraient, et prenaient une allure plus pleine, plus rayonnante. Elle sentit qu’elle lâchait le Cœur, qui roula sur le sol cendreux. Mais cela n’avait plus d'importance. L’ancien artefact était silencieux. Sa lumière s’était éteinte.

Il avait rempli sa fonction, réalisa Nissa, souriante. Il avait réparé. Elle ferma les yeux et écouta.

Elle entendit Nahiri se relever douloureusement. Un peu plus loin, Jace faisait de même. Plus loin encore, de tendres pousses vertes de jaddi perçaient le sol de la forêt détruite. Encore plus loin, une terre riche remplaçait les étendues désertiques corrompues, vestiges du combat contre Emrakul. Et bien plus loin encore, Bala Ged refleurissait, la forêt poussant à une vitesse que seule la magie pouvait accomplir.

Zendikar guérissait, se métamorphosait en un monde plus sain, plus fort qu'il ne l’avait été avant la bataille contre les Eldrazi. Ses cicatrices étaient encore là, mais elles n’étaient plus des traits déterminants du paysage, juste des souvenirs.

Pour la première fois depuis fort longtemps, Nissa rit de tout cœur, et elle entendit Zendikar rire avec elle.

Avoir confiance en ma propre force, pensa-t-elle.

Nissa appela des lianes et sourit quand elle les vit pousser et tourbillonner sous elle pour la soulever. Elle prit la direction de l’est et, aussi rapide que le vent, elle suivit les lignes ley du monde, traversant la forêt, en direction de Bala Ged. Pendant ce temps, tout Zendikar bourdonnait joyeusement à ses oreilles.

Nissa était enfin chez elle.

Contreforts boisés par Véronique Meignaud
Contreforts boisés par : Véronique Meignaud  Site Officiel  Artstation  Instagram
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